Après avoir déclenché des condamnations en cascade sur la scène internationale (EUROPE 12683/26), la décision de la Turquie de quitter la Convention d’Istanbul a suscité un ajout de dernière minute à l’ordre du jour de la session plénière du Parlement européen.
Les eurodéputés ont en effet débattu, jeudi 25 mars, de ce premier départ de la Convention du Conseil de l’Europe contre la violence à l’égard des femmes, un texte sur lequel les États signataires sont tenus de s'aligner et que la Turquie avait été la première à rejoindre.
Les coordinateurs du PPE, du S&D, de Renew Europe, des Verts/ALE et de La Gauche ont condamné avec virulence la décision du Président turc, Recep Tayyip Erdoğan, prise par décret dans la nuit du 19 au 20 mars. Elle a notamment été qualifiée d’« inconsciente, honteuse, inhumaine » par Frances Fitzgerald (PPE, irlandaise) et d’« intenable, inacceptable et honteuse » par Iratxe García Pérez (S&D, espagnole).
Nombre d’eurodéputés, ainsi que la commissaire à l’Égalité, Helena Dalli, et la secrétaire d’État portugaise aux Affaires européennes, Ana Paula Zacarias, ont jugé ce retrait d’autant plus grave qu’il intervient dans un contexte de recrudescence des violences faites aux femmes (EUROPE 12457/17).
« Il n’est pas question de vie et de mort dans tous les débats du Parlement européen, mais là si », a soutenu Mme Fitzgerald, chiffres à l’appui : 300 féminicides avérés et 171 présumés ont été recensés en 2020 en Turquie par l’association turque « Halte aux féminicides ».
Réaction du Conseil européen
Beaucoup, comme M. Zacarias, ont en outre jugé la décision « grave, tant en elle-même que parce qu’elle s’ajoute à d’autres manquements de la Turquie à ses obligations de respecter la démocratie et l'État de droit » (EUROPE 12683/2) : des manquements dont les chefs d’État et de gouvernement avaient prévu de discuter l'après-midi même (EUROPE 12685/3).
Plusieurs eurodéputés ont plaidé pour que les dirigeants évoquent et ne minimisent pas la décision de quitter la Convention.
« Aujourd'hui plus que jamais, il est essentiel que les États parties, tant dans l'UE qu'à l'extérieur, respectent les normes de la Convention d'Istanbul », a souligné la commissaire Dalli, jugeant le « moment venu pour faire preuve de leadership ».
Un exemple pour d’autres ?
Certains au sein de l’assemblée parlementaire n’ont d’ailleurs pas caché leur crainte de voir des dirigeants européens emboîter le pas au président Erdoğan.
« Nous verrons que bientôt, le gouvernement polonais décidera de faire la même chose », s’est inquiétée Iratxe García Pérez.
Le ministre polonais de la Justice avait en effet exprimé cet été son intention de demander que la Pologne se retire de la Convention d’Istanbul (EUROPE 12536/7). Les parlements nationaux slovaque (EUROPE 12379/19) et hongrois (EUROPE 12481/15) se sont, quant à eux, élevés contre sa ratification.
Au total, six États membres, ainsi que l'UE elle-même, n'ont pas ratifié le texte, malgré les appels répétés des eurodéputés (EUROPE 12609/5). (Agathe Cherki)