Le ministre polonais de la Justice, Zbigniew Ziobro, a confirmé, lundi 27 juillet, son intention de demander le retrait de son pays de la 'Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique', ou Convention d’Istanbul. Une lettre en ce sens a en effet été adressée au Ministère polonais de la Famille ce lundi.
M. Ziobro avait fait part de ce projet à la presse dès samedi 25 juillet, déplorant la présence dans ce texte d’« éléments de nature idéologique » considérés comme « nuisibles ».
Un point de vue qu'il avait déjà exprimé lors de l'entrée en force de la Convention, signée par Varsovie en 2012 puis ratifiée en 2015 par la Pologne. M. Ziobro avait, à l'époque, qualifié ce texte, aujourd'hui signé et ratifié par 34 des 47 États membres du Conseil de l'Europe et 21 des 27 États membres de l’UE, d'« invention féministe visant à justifier l'idéologie gay » (EUROPE 12379/19).
« Annonces alarmantes »
Dès dimanche 26 juillet, la Secrétaire générale du Conseil de l'Europe, Marija Pejčinović Burić, a jugé « alarmantes » les annonces du ministre polonais.
Cette Convention est « le principal traité international du Conseil de l'Europe pour lutter contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique - et c'est son seul objectif. S'il y a des idées fausses ou des malentendus au sujet de la Convention, nous sommes prêts à les clarifier dans un dialogue constructif », a-t-elle souligné dans une déclaration.
La commissaire européenne à l’Égalité, Helena Dalli, quant à elle, a indiqué sur son compte Twitter que « de telles décisions seraient profondément regrettables » (EUROPE 12464/23). Un porte-parole de l'institution a précisé ce lundi que la ratification par l'UE de la Convention demeurait « une priorité pour cette Commission » (EUROPE 12440/7).
Obligation légale et morale
Plusieurs formations politiques ont, à leur tour, condamné les annonces polonaises ce lundi. Zita Gurmai, présidente de PES Women, bras du Parti socialiste européen œuvrant pour l'égalité femmes-hommes, a notamment assuré que le gouvernement polonais, « lié par les traités et les politiques de l'UE », demeurait légalement et moralement contraint de protéger les victimes de violence fondée sur le genre.
« Utiliser la lutte contre la Convention d'Istanbul comme un instrument pour tenter de faire valoir des 'valeurs' conservatrices est un geste pitoyable et pathétique qui doit être fermement sanctionné », a condamné le président du groupe Renew Europe au PE, Dacian Cioloș.
La Pologne, cependant, n'est pas seule sur cette ligne. La Hongrie et la République slovaque, qui ont signé la Convention d'Istanbul, mais bloquent sa ratification (EUROPE 12481/15), usent des mêmes arguments que leur voisin polonais.
Viktor Orbán considère en effet que le texte porte « une idéologie destructrice du genre ». Quant au gouvernement slovaque, il l'accuse d'être une menace pour les structures familiales traditionnelles. (Agathe Cherki et Véronique Leblanc)