Tout en relevant des signes positifs d’apaisement en Méditerranée orientale, plusieurs ministres européens des affaires étrangères et le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, ont fait part, lundi 22 mars, de leur préoccupations concernant la situation de l’État de droit en Turquie.
Après avoir lancé le 18 mars une procédure pour interdire le parti pro-kurde HDP (EUROPE 12681/22), les autorités turques ont annoncé leur volonté de se retirer de la convention d’Istanbul (voir autre nouvelle).
« Ce type de mesures écarte la Turquie de la voie européenne », a prévenu M. Borrell à l’issue du Conseil 'Affaires étrangères'. Au-delà des « inquiétudes » sur la situation dans le pays, il a précisé que le processus d’apaisement en Méditerranée orientale restait fragile et qu’il fallait des efforts durables.
« Sur la Turquie, il y a de la lumière et de l'ombre », a souligné le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas. « Ce que nous avons vu ces derniers jours, l'interdiction du HDP et surtout le retrait de la Convention d'Istanbul, sont absolument de mauvais signaux », a-t-il ajouté.
« Le rétrécissement de l’espace démocratique est très inquiétant », a également estimé son homologue suédoise, Ann Linde.
Samedi 20 mars, après l’annonce du retrait turc de la convention d’Istanbul, le Haut Représentant de l’UE avait « profondément regretté » et exprimé son « incompréhension » concernant cette décision.
Le bâton et la carotte
Lors du Conseil 'Affaires étrangères', les ministres ont discuté du rapport de M. Borrell sur les relations avec la Turquie, qui sera présenté au Conseil européen des jeudi 25 et vendredi 26 mars.
Dans ce rapport, qui pourrait encore évoluer d'ici-là, M. Borrell estime qu'afin « d'approfondir la dynamique actuelle et d'encourager le renforcement des liens entre l'UE et la Turquie dans son ensemble », l'Union devrait mettre sur la table un certain nombre de domaines de coopération possibles pour permettre une « approche progressive, proportionnée et réversible ».
Il s'agirait : - de travailler sur la gestion des migrations, y compris les réinstallations de réfugiés depuis la Turquie vers l'UE ; - de renforcer les liens économiques, via surtout la modernisation et l'extension du champ d'application de l'actuelle union douanière ; - de maintenir des canaux de communication ouverts, avec la possibilité de relancer les dialogues à haut niveau, et enfin ; - d'augmenter les contacts interpersonnels, par exemple via les programmes Erasmus+ ou Horizon 2020.
« La Commission préparera rapidement des options pour la poursuite du financement des réfugiés et des communautés d'accueil en Turquie», ajoute aussi le rapport.
À l'inverse, si la Turquie « n'avance pas de manière constructive dans le développement d'un partenariat authentique avec l'UE », cette dernière pourrait prendre des mesures, prévient le Haut Représentant. « Nous devrions prévoir des mesures restrictives intelligentes, évolutives et réversibles, en nous appuyant sur celles qui sont déjà en place », explique-t-il.
Selon M. Borrell, ces mesures pourraient progressivement inclure l'adoption des listes de mesures ciblées supplémentaires déjà convenues par le Conseil européen de décembre 2020, liées aux activités illégales de forage en Méditerranée orientale et le renforcement des cadres de sanctions existants, avec la possibilité d'inclure des personnes morales (EUROPE 12620/2).
L'Union pourrait aussi envisager de nouvelles restrictions sur la coopération économique, « y compris sur les opérations de la BEI et d'autres institutions financières », ainsi que des mesures visant d'autres secteurs importants pour l'économie turque, notamment le tourisme, l'énergie ou l'importation/exportation de certains biens et technologies.
Voir le rapport : https://bit.ly/3cajGNV (Camille-Cerise Gessant)