Le retrait de la Turquie de la Convention d'Istanbul a été immédiatement dénoncé par toutes les instances du Conseil de l'Europe, qui ont publié ce dimanche une Déclaration conjointe signée par Marija Pejčinović Burić, Secrétaire générale de l'Organisation, Heiko Maas, ministre fédéral allemand des Affaires étrangères, au nom de la Présidence du Comité des ministres, et Rik Daems, président de l'Assemblée parlementaire. Interrogé par l'Agence Europe, ce dernier voit dans ce retrait une « décision politique du président Erdoğan destinée à souder les forces conservatrices de son parti l'AKP (Parti de la justice et du développement) avec le MHP (Parti d'action nationaliste), classé à l'extrême droite ».
« Dans notre Déclaration, nous avons rappelé que l'adhésion de la Turquie à cette Convention sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique a été adoptée à l'unanimité de la Grande Assemblée nationale turque en 2012. Or, elle a été annulée par un simple décret présidentiel alors qu'il semble que, si, en Turquie, le retrait d'un Traité international peut être acté par un tel décret, ce n'est pas le cas pour une Convention. Nous appelons donc à un débat parlementaire en Turquie et j'évoquerai cette question lors de ma visite officielle à Ankara, prévue du 29 mars au 1er avril prochain », a poursuivi M. Daems.
En s'inscrivant dans le cadre de la Convention d'Istanbul - « et elle fut la première à la ratifier », rappelle Rik Daems -, « la Turquie a fait de réels progrès dans la lutte contre les violences faites aux femmes ». « On ne peut imaginer que la société turque ait changé radicalement de point de vue sur ce texte en moins de dix ans ». « Même si on savait qu'il était attaqué par les forces conservatrices, le moment de ce retrait - qui plus est dans la nuit de vendredi à samedi - a surpris tous les interlocuteurs du Conseil de l'Europe ».
Dunja Mijatović, Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, quant à elle, a publié, lundi 22 mars, une déclaration dans laquelle elle appelle les autorités turques à écouter les voix de tous les défenseurs des droits des femmes qui ont manifesté dans tout le pays et à reconsidérer leur décision de se retirer de la Convention d'Istanbul.
Plusieurs voix se sont également élevées au sein de la Commission européenne et du Parlement européen pour condamner cette décision. Samedi 20 mars, sur Twitter, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a demandé à la Turquie de revenir sur sa décision, exprimant ses regrets et son incompréhension.
La présidente de la commission des droits des femmes du Parlement européen, Evelyn Regner, quant à elle, a jugé cette nouvelle « choquante » et a qualifié cette décision de « recul vis-à-vis des droits des femmes » et de « menace pour toutes les démocraties ».
« Je soutiens la Convention d’Istanbul et j'appelle tous les signataires à la ratifier », a déclaré pour sa part la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, via les réseaux sociaux.
À l’heure actuelle, six États membres n’ont pas encore ratifié le texte (EUROPE 12609/5) ainsi que l’UE elle-même. La justice européenne a été appelée à se prononcer quant à la possibilité pour l’UE de conclure la Convention d’Istanbul en l’absence de l’accord de tous les États membres. Selon l’avocat général de la Cour de justice (EUROPE 12676/32), cela devrait être envisageable.
Lien vers la Déclaration conjointe du Conseil de l'Europe : https://bit.ly/3f4epcQ (Véronique Leblanc, avec Agathe Cherki)