Les ministres européens chargés de la Compétitivité ont, une nouvelle fois, approuvé la nécessité pour l'Union européenne de renforcer son autonomie stratégique tout en restant une économie ouverte, lors d'une réunion informelle, lundi 22 mars. Les sensibilités nationales se sont exprimées, certaines insistant plus sur l’autonomie, d'autres sur l’ouverture économique.
Le débat a été « nuancé, riche et fructueux », s’est félicitée la vice-présidente de la Commission, Margrethe Vestager. Elle a résumé l’enjeu en une phrase : « Comment nous assurer que nous maintenons l’ouverture qui a permis la prospérité que nous avons aujourd’hui, tout en étant plus résilients sur les chaînes de valeur stratégiques ? » Elle a certes reconnu l’utilité d’agir pour lutter contre les dépendances, mais seulement celles qui sont « réellement » stratégiques.
Durant son intervention en visioconférence, le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, aurait, au contraire, insisté sur l'autonomie plus que sur l'ouverture. Il aurait attiré l'attention sur l’importance d’assurer un suivi continu et structuré des dépendances stratégiques en collaboration avec les différents écosystèmes industriels.
En cohérence avec son portefeuille, M. Breton aurait également mis l’accent sur la protection du marché intérieur et aurait exhorté les États membres à mettre fin aux mesures restrictives disproportionnées limitant le droit fondamental de la libre circulation.
Répondant aux nombreuses questions de la Présidence portugaise du Conseil de l’UE (EUROPE 12682/5), les ministres seraient plus enclins à user et développer tous les moyens dont dispose l’Union afin de garantir une concurrence loyale avec les pays tiers. Beaucoup auraient cité les risques de distorsion des investissements étrangers ou encore l’importance d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l'UE.
Tous ont appuyé, avec plus ou moins de force, l'importance de dresser un panorama des dépendances stratégiques, notamment dans le domaine de la cybersécurité. La question de la dépendance européenne concernant les vaccins anti-Covid-19 a été citée également, au regard des difficultés rencontrées avec la firme anglo-suédoise AstraZeneca. La diversification des importations a été mise en avant par les ministres. Ici, certains États membres, comme la République tchèque, auraient souligné l’intérêt que représentait l’Amérique latine à cet égard.
Projets IPCEI et plans de relance nationaux
La plupart des États membres ont apporté leur soutien au recours aux projets importants d’intérêt européens communs (IPCEI), soulignant les projets existants dans le domaine de la batterie électrique, des microprocesseurs, ou encore de l’hydrogène. Les Pays-Bas auraient certes acquiescé, non sans insister sur l’incidence qu’ont les IPCEI sur le marché. L’Italie aurait mis en exergue l’importance d’investissements directs européens, au même titre que dans les programmes européens Galileo, Copernicus ou ITER.
La question de l’absence de projets transfrontières dans les plans nationaux en lien avec le Plan de relance européen Next Generation EU aurait été mentionnée par plusieurs États membres, dont l’Italie. Le Luxembourg aurait rappelé le peu de temps dont disposent les États membres pour préparer leur plan national, au plus tard d'ici fin avril. (Pascal Hansens)