Les Européens ont dénoncé, lundi 22 mars, les sanctions qu'a prises la Chine à l’encontre, notamment, du Comité politique et de sécurité du Conseil de l’UE, de la sous-commission des droits de l’homme du Parlement européen et de cinq eurodéputés - Reinhard Bütikofer (Verts/ALE, allemand), Michael Gahler (PPE, allemand), Raphaël Glucksmann (S&D français), Ilhan Kyuchyuk (Renew Europe, bulgare) et Miriam Lexmann (PPE, slovaque). Ces acteurs, selon Pékin, « portent gravement atteinte à la souveraineté et aux intérêts de la Chine et répandent malicieusement des mensonges et de la désinformation ».
Concrètement, « les personnes concernées et leurs familles sont interdites d'entrée en Chine continentale, à Hong Kong et à Macao. Il leur est également interdit, ainsi qu'aux entreprises et institutions qui leur sont associées, de faire des affaires avec la Chine », selon un communiqué du gouvernement chinois.
Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a estimé que ces mesures étaient « regrettables » et « inacceptables ». Il a appelé la Chine à s'engager dans un dialogue sur les droits de l’homme avec l’UE, et non à continuer à agir de façon « conflictuelle ».
Selon un diplomate européen, plusieurs États membres ont décidé de convoquer l’ambassadeur chinois présent sur leur territoire. « Nous allons tirer les enseignements » de la réponse chinoise, a-t-il ajouté.
Le président du Parlement européen, David Sassoli, a qualifié ces sanctions d'« inacceptables », ajoutant qu'il y aurait des conséquences. « Le PE et les institutions européennes ne sont pas intimidées », a-t-il prévenu.
Au nom du groupe S&D au Parlement européen, la Belge Kathleen Van Brempt a prévenu que « la levée des sanctions contre les députés européens (était) une condition préalable pour que nous puissions entamer des discussions avec le gouvernement chinois sur l'accord d'investissement ». Le PE doit se prononcer sur cet accord début 2022. « Nous ne serons pas intimidés. Nous ne serons pas réduits au silence », a affirmé Mme Van Brempt.
« On n’arrêtera pas de travailler sur la question des droits de l’homme, parce que c’est le principe même de l’UE », a ajouté la présidente de la sous-commission des Droits de l’homme, Maria Arena (belge, S&D).
En plus des cinq eurodéputés et des deux instances européennes, la Chine a sanctionné trois députés nationaux (Pays-Bas, Belgique, Lituanie), deux universitaires allemand et suédois, le Mercator Institute for China Studies en Allemagne et la Fondation Alliance of Democracies au Danemark.
Ces mesures ont été prises en représailles de sanctions de l'UE, annoncées plus tôt dans la journée, à l’encontre de onze personnes et quatre entités dans le cadre de son régime mondial de sanctions sur les droits de l’homme, dont quatre personnalités et une entité chinoises, qui jouent un « rôle actif et mettent en œuvre la politique chinoise » dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang (XUAR).
Ainsi, l’ancien chef adjoint du 13e congrès du peuple de cette région, Zhu Hailun, fait l’objet de sanctions, tout comme Wang Junzheng, le secrétaire adjoint du comité du parti de la XUAR et secrétaire du parti au sein du Corps de production et de construction du Xinjiang (Xinjiang Production and Construction Corps) (XPCC), organisation gouvernementale qui exerce l’autorité administrative dans le Xinjiang et y contrôle les activités économiques. Le Bureau de sécurité publique de cette organisation est lui même soumis à des mesures.
Wang Mingshan, membre du comité permanent du comité du parti de la XUAR et secrétaire du comité des affaires politiques et juridiques de la XUAR, et Chen Mingguo, directeur du bureau de la sécurité publique du Xinjiang et vice-président du gouvernement populaire de la XUAR font également l’objet de sanctions.
Lundi, le Royaume Uni a également décidé de sanctionner ces personnes et cette entité. Les États-Unis l'ont fait pour Wang Junzheng et Chen Mingguo.
Sanctions contre des Nord-coréens, des Russes, des Libyens et un Sud soudanais
Les sanctions de l’UE concernent également deux Nord-Coréens - le ministre de la Sûreté, Jong Kyong-thaek, et le ministre de la Sécurité sociale et ancien chef d’état-major de l’armée populaire coréenne, Ri Yong-gil - et le Parquet central nord-coréen, considérés par l’UE comme responsables de la répression.
L’Union impose également des mesures restrictives à la milice libyenne Kaniyat à qui ont été attribués des charniers découverts à Tarhuna (EUROPE 12507/7), son chef, Mohammed Khalifa Al-Kani, et son frère, également membre de la milice, Abdul-Rahim Al-Kani.
Deux Russes, le chef de service au ministère russe de l’Intérieur dans la ville tchétchène d’Argoun, Aiub Vakhaevich Kataev, et Abuzaid Dzhandarovich Vismuradov, commandant de l’équipe “Terek” au sein de l’unité d’intervention rapide spéciale et vice-Premier ministre de la République de Tchétchénie. L’UE estime qu’ils supervisent « personnellement les persécutions massives et systématiques perpétrées en Tchétchénie depuis 2017 », y compris envers la communauté LGBTI.
Enfin le général de division des Forces de défense populaires du Soudan du Sud (FDPSS), Gabriel Moses Lokujo, et l’Agence nationale de sécurité du gouvernement érythréen font aussi l’objet de sanctions, tenus responsables d’actes de tortures et d’exécutions et d’assassinats extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires.
Voir la décision de l’UE : http://bit.ly/394cot3
Voir la réaction de la Chine : http://bit.ly/3sgZzDC (Camille-Cerise Gessant)