Les chefs d’État ou de gouvernement européens ont décidé, dans la nuit de jeudi 10 à vendredi 11 décembre, de durcir le ton face à la Turquie, prévenant que l’UE était « déterminée à défendre ses intérêts et ceux de ses États membres ainsi qu'à préserver la stabilité régionale ».
Alors qu'en octobre (EUROPE 12572/1), les Européens avaient joué la carte de la diplomatie en laissant du temps à la Turquie pour revenir à une attitude plus constructive à leur égard, cette dernière s’est « engagée dans des actions unilatérales et des provocations et a intensifié sa rhétorique contre l'UE, les États membres de l'UE et les dirigeants européens », dénonce le Conseil européen dans ses conclusions. « Les activités unilatérales et provocatrices de la Turquie en Méditerranée orientale se poursuivent, y compris dans la zone économique exclusive de Chypre », ajoute-t-il, tout en prenant acte du retrait du navire Oruç Reis des eaux grecques.
La méthode des petits pas
Le Conseil européen a donc décidé de réagir, même si avec mesure. Bien que de nombreuses options aient été évoquées, les dirigeants se limitent à inviter le Conseil de l'UE à compléter la liste des personnes et entités sanctionnées en lien avec des activités de forage illégales turques en Méditerranée orientale (EUROPE 12367/8). Des sanctions supplémentaires avaient été demandées par Chypre depuis août dernier (EUROPE 12548/1).
Pour l'adoption d’autres mesures, il faudra attendre. Le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, et la Commission européenne sont invités à présenter un rapport sur l'état de la situation en Méditerranée orientale et sur les relations politiques, économiques et commerciales entre l'UE et la Turquie ainsi que sur « les instruments et options possibles quant à la manière de procéder, y compris concernant l'extension du champ d'application de la décision » sur les forages. Ces propositions devront être prêtes pour examen au plus tard lors du Conseil européen de mars 2021.
Tout en durcissant le ton, le Conseil européen laisse la porte ouverte à la Turquie, avec qui l’UE a un « intérêt stratégique » à développer « une relation de coopération et d’intérêt mutuel ». « Il importe de maintenir ouvertes les voies de communication », estime-t-il.
Les dirigeants réitèrent l’offre d’un agenda positif, « à condition que la Turquie se montre disposée à promouvoir un véritable partenariat avec l'Union et ses États membres et à résoudre les différends par le dialogue et conformément au droit international ».
Un tel agenda pourrait, selon eux, couvrir les domaines de l'économie et du commerce, les contacts interpersonnels, les dialogues de haut niveau et la coopération continue sur les questions de migration. L’UE sera également prête à continuer à fournir une aide financière aux réfugiés syriens et aux communautés d'accueil en Turquie, souligne le Conseil européen, qui se dit disposé à coopérer à la gestion responsable des flux migratoires vers tous les États membres et à l'intensification des efforts dans la lutte contre les réseaux de passeurs de migrants.
Le Haut Représentant devra également « faire avancer la proposition » d'une conférence multilatérale sur la Méditerranée orientale.
Soutien à la Grèce et Chypre
Les conclusions du Conseil européen insistent également sur la nécessité d'un « apaisement durable » afin de permettre la reprise rapide et la poursuite sans heurts des pourparlers exploratoires directs entre la Grèce et la Turquie.
Condamnant les mesures unilatérales turques à Varosha, le Conseil européen se dit aussi favorable à la reprise rapide des négociations entre les communautés chypriotes, sous les auspices des Nations Unies, et annonce qu'à la reprise de ces pourparlers, l’UE désignera un représentant pour la mission de bons offices de l'ONU.
Enfin, plus étonnant, les dirigeants européens préviennent que l’Union s’efforcera de se coordonner avec les États-Unis sur les questions relatives à la Turquie et à la situation en Méditerranée orientale. (Camille-Cerise Gessant avec la rédaction)