Comme annoncé en octobre (EUROPE 12592/3), la Banque centrale européenne (BCE) a recalibré, jeudi 10 décembre, plusieurs instruments de politique monétaire, par exemple en augmentant de 500 milliards d'euros la capacité d'intervention de l'opération PEPP de rachat massif d'actifs surtout publics et en la prolongeant jusqu'à fin mars 2022. Objectif : maintenir des conditions favorables de financement durant la pandémie de Covid-19 jusqu'à ce que l'économie de la zone euro se stabilise à la faveur d'une immunisation de la population.
« Notre boussole » est « le maintien de conditions favorables de financement tout au long de la pandémie », a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde, à l'issue de la réunion du Conseil des gouverneurs.
Outre le maintien au niveau actuel de ses taux directeurs, la BCE a renforcé une deuxième fois l'opération PEPP (EUROPE 12499/1) en portant sa dotation à « 1 850 milliards d'euros » et en la prolongeant de neuf mois, soit jusqu'à « fin mars 2022 ».
L'utilisation de cet instrument mis sur pied en mars au début de la pandémie continuera d'être flexible. Son enveloppe pourrait ne pas être totalement mobilisée, si les conditions de financements s'améliorent, mais, inversement, elle pourrait être augmentée si ces conditions de financement se dégradent davantage. Les montants des titres acquis à travers l'opération PEPP qui arrivent à maturité seront réinvestis jusqu'à au moins fin 2023.
« Nous faisons face à des circonstances qui, à court terme, sont plus difficiles et ces difficultés résultent de la deuxième vague et des mesures de confinement », a justifié Mme Lagarde. « Nous avons de bonnes raison de penser que, malgré l'incertitude, nous aurons d'ici fin 2021 une immunité collective permettant à l'économie de commencer à fonctionner normalement », a-t-elle ajouté à propos de la prolongation de l'opération PEPP. Et de souligner les difficultés particulières que traverse le secteur des « services ».
Plus d'informations sur le renforcement de l'opération PEPP : https://bit.ly/3a0lbxM
La BCE a également recalibré les conditions de participation et l'éligibilité des banques aux opérations TLTRO III qui permettent aux institutions financières de se refinancer à long terme à des taux pouvant être négatifs (jusqu'à -1%). Pour participer à ces opérations, qui dureront jusqu'à juin 2022, les banques devront respecter de nouveaux objectifs en matière de prêt à l'économie.
« Personne ne doit présumer que ce taux est disponible sans aucune condition », a souligné Mme Lagarde, pour qui seules les banques qui « maintiennent ou élèvent leur niveau de prêt » pourront en bénéficier.
En outre, le Conseil des gouverneurs a étendu jusqu'à juin 2022 les mesures assouplissant les exigences de garanties ('collateral easing') pour l'octroi de liquidités aux banques (EUROPE 12464/28 et 12473/17). Il a également décidé de procéder en 2021 à quatre nouvelles opérations de refinancement d'urgence à long terme (PELTROs). Quant aux rachats d'actifs via l'opération APP, ils se poursuivront à un rythme mensuel de 20 milliards d'euros jusqu'à ce que la BCE commence à relever ses taux directeurs. Enfin, sont reconduits jusqu'à mars 2022 les accords temporaires actuels conclus avec d'autres banques centrales et portant notamment sur l'échange de devises ('swap and repo lines').
Plus d'informations sur les mesures prises par la BCE : https://bit.ly/2W0NxQ5
L'ensemble de ces mesures ont été prises sur la base de nouvelles prévisions économiques élaborées par les services de l'institut de Francfort, pour qui les risques baissiers sur l'économie de la zone euro continuent de prédominer, quoique « de manière moins prononcée » grâce à la perspective de la généralisation des vaccins.
La BCE prévoit désormais que la zone euro essuie en 2020 une récession à hauteur de 7,3% du PIB avant que l'économie rebondisse à hauteur de 3,9% du PIB en 2021 et à 4,2% en 2022 pour se stabiliser à hauteur de 2,1% en 2023.
Sur le plan de l'inflation, l'institut monétaire est d'avis que celle-ci demeurera négative jusqu'au début 2021 après avoir atteint -0,3% en novembre, avant de repartir graduellement à la hausse. Il prévoit que la hausse des prix sur base annuelle atteigne 0,2% en 2020, 1,0% en 2021 et 1,1% en 2022. (Mathieu Bion)