Les dirigeants européens ont une nouvelle fois discuté du moyen d’accélérer la production, la livraison et le déploiement des vaccins anti-Covid-19, lors d’une visioconférence, jeudi 25 mars. Sans surprise, la discussion s’est concentrée sur les retards d’AstraZeneca, le système de correction pour la répartition des doses ainsi que sur le mécanisme d’autorisation des exportations.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a communiqué aux Vingt-sept les derniers chiffres de la vaccination dans l’Union européenne. D’ici la fin de la semaine, un total de 88 millions de doses aura été livré, 62 millions de doses administrées et 18,2 millions de personnes auront été totalement vaccinées, soit 4,1% de la population européenne totale. La Lettonie et la Bulgarie enregistrent le plus de retard.
« On aurait pu aller plus vite, si les compagnies avaient honoré leurs obligations », a commenté la présidente, visant directement AstraZeneca. Du côté des chefs d’État ou de gouvernement, le ton était plutôt à l’apaisement. « Il y a une forte volonté de parvenir à un accord consensuel avec le Royaume-Uni », a souligné le Premier ministre belge, Alexander De Croo, en écho à une déclaration publiée la veille par la Commission européenne et le Royaume-Uni en vue de parvenir à une solution avantageuse pour les deux parties.
Au registre des bonnes nouvelles, AstraZeneca aurait enfin déposé sa demande d’homologation du site d’Halix (Pays-Bas) auprès de l’Agence européenne du médicament, qui devrait rendre sa décision d’ici la fin du mois.
Vendredi, le commissaire européen Thierry Breton sera au Portugal pour examiner avec les autorités comment accroître la capacité de production dans l'UE.
Exportations et correction
Mme von der Leyen a présenté aux Vingt-sept la révision du mécanisme de transparence des exportations des vaccins contre la Covid-19, présentée la veille (EUROPE 12685/7), en rappelant qu’environ 77 millions de doses au total ont été exportées hors de l'UE depuis le 1er décembre 2020.
Quant aux nouvelles règles du mécanisme de transparence, plusieurs États membres craignent l’éventuel blocage d’exportations. « Le mécanisme est considéré comme acceptable par le Conseil européen. Mais il y a quand même un sentiment général que cet instrument ne devrait pas être utilisé, que les conséquences plus larges doivent être prises en compte », a déclaré le Premier ministre des Pays-Bas, Mark Rutte, après la réunion.
La Belgique et l’Allemagne partagent cette réserve et s’inquiètent du devenir des chaînes d’approvisionnement en cas d’interdiction d’exportation de doses. « Il est crucial pour nous que les chaînes de valeur ne soient pas perturbées. Une interdiction devrait être ciblée pour les producteurs de vaccins qui ne respectent pas leur engagement, et en dernier ressort », a indiqué le Premier ministre belge, Alexander De Croo, en conférence de presse.
Le Président français, Emmanuel Macron, a considéré, au contraire, que le mécanisme est pleinement justifié. « Il s’agit d’empêcher que d’autres pays développés bénéficient de livraisons d’entreprises qui ont passé des contrats avec l’UE et qui ne les ont pas respectés », a-t-il affirmé.
Les Vingt-sept ont également débattu de la manière de répartir les 10 millions de doses qui doivent être livrées en avance par Pfizer-BioNTech (EUROPE 12679/1). Après l’échec des discussions au comité de pilotage, les dirigeants européens ont renvoyé cette question au niveau des ambassadeurs des États membres auprès de l'UE (Coreper).
La déclaration commune adoptée à l’issue de la réunion confirme « la clé de répartition au prorata de la population » et invite le Coreper à répartir ces doses « dans un esprit de solidarité » afin de soutenir les pays les moins dotés.
Devant la presse, Mark Rutte a souligné que la Croatie, la Lettonie et la Bulgarie devaient être vues comme prioritaires en ce moment.
Le pourcentage de 30% des doses réservées aux États membres les plus touchés par le coronavirus est rejeté par l'Autriche, qui ne bénéficierait pas de la nouvelle répartition. De son côté, la Belgique a indiqué qu'elle estimait « y avoir droit ».
Lien vers la déclaration des dirigeants de l'UE: https://bit.ly/3vZg7lw (Sophie Petitjean et Léa Marchal, avec la rédaction)