login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 13771
Sommaire Publication complète Par article 23 / 36
ACTION EXTÉRIEURE / Serbie

En visite à Bruxelles, Aleksandar Vučić ravive les doutes européens sur l’engagement pro-UE de Belgrade

Sa visite a commencé par un léger moment de flottement, mais ô combien révélateur. Présent à Bruxelles mercredi 10 décembre, le Président serbe, Aleksandar Vučić, s'est fendu d'un désinvolte « J'ai un message de Moscou », alors qu'il faisait son entrée en salle de presse aux côtés de la présidente de la Commission européenne. 

Visiblement mal à l'aise, Ursula von der Leyen a rapidement interrompu l'échange, capté par les caméras déjà présentes. Alors que le contenu du message et la suite de la discussion resteront à jamais énigmatiques, cet incident met en lumière l'équilibre hasardeux que cherche à maintenir la Serbie d'Aleksandar Vučić, entre ses liens avec la Russie et son aspiration affichée à intégrer l'Union (EUROPE 13731/22). 

Officiellement, la Commission européenne continue d'affirmer que l'élargissement est un impératif géopolitique pour l'UE et que la Serbie y a toute sa place. Les deux dirigeants ont profité du dîner de travail qui s'est tenu dans la soirée pour faire le point sur les progrès accomplis par Belgrade dans ses réformes internes, malgré l'absence de progrès substantiels.

Dans son récent rapport sur les réformes entreprises par la Serbie (EUROPE 13745/5), la Commission estime que le pays connaît un « recul partiel » en matière de démocratie et de libertés fondamentales, et doit « éviter la diffusion d'une rhétorique anti-UE ». 

Preuve supplémentaire de l'enlisement du dossier, le processus d'adhésion à l'UE par Belgrade est au point mort depuis décembre 2021, date à laquelle le pays a ouvert son dernier ensemble de chapitres (cluster) de négociation. Seuls deux des 22 chapitres ouverts par la Serbie ont été clos. 

« Je n'ai rien de nouveau à vous dire. Je constate que certaines personnes en Serbie se réjouissent certainement que nous n'ouvrions pas le troisième volet des négociations d'adhésion. Je ne peux pas dire avec certitude si nous le ferons ou non, car cela dépend des États membres », a éludé Aleksandar Vučić face à la presse serbe. 

Car derrière la cordialité affichée par la présidente de la Commission européenne ce mercredi, l'Union se montre de plus en plus irritée face aux dérives autoritaires du gouvernement serbe et ses liens « cordiaux » avec le régime de Vladimir Poutine (EUROPE 13695/3). 

Le refus de longue date de Belgrade de s’aligner sur les sanctions contre Moscou s'explique en partie par sa dépendance énergétique envers la Russie. Depuis début octobre, le pays tente désespérément de trouver un moyen de lever les sanctions américaines qui frappent la plus importante compagnie pétrolière serbe, majoritairement détenue par des Russes, NIS.

Belgrade achète aussi du gaz russe à des prix inférieurs à ceux du marché et se retrouve aujourd'hui face à l'échéance du 31 décembre, date à laquelle doit expirer le dernier contrat à court terme signé avec Moscou. 

Cet enjeu énergétique, qui a monopolisé une autre partie des discussions de mercredi, symbolise l’ambivalence serbe. Aleksandar Vučić et Ursula von der Leyen auraient évoqué des solutions potentielles pour réduire cette dépendance : importation de dérivés depuis la Roumanie et la Bulgarie ou mise en place en place d'un interconnecteur gazier avec la Macédoine du Nord.

Reste désormais à savoir si Belgrade acceptera d’engager ce virage stratégique. (Isalia Stieffatre)

Sommaire

ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
Invasion Russe de l'Ukraine
POLITIQUES SECTORIELLES
INFRACTIONS AU DROIT DE L'UE
ACTION EXTÉRIEURE
INSTITUTIONNEL
DROITS FONDAMENTAUX - SOCIÉTÉ
COUR DE JUSTICE DE L'UE
BRÈVES