Le secrétaire général adjoint du Service européen pour l’action extérieure, Pedro Serrano, et le directeur exécutif de l’Agence européenne de la Défense, Jorge Domecq, ont une nouvelle fois, jeudi 6 décembre, voulu rassurer les partenaires de l’UE, et en premier lieu les États-Unis, sur le développement de la défense européenne, qui ne vient pas en contradiction avec l’OTAN.
« Ce que l’UE fait en ce moment, c’est aider les États membres à développer les capacités de défense [...] ce que les Américains demandent depuis des années – à travers le partage du fardeau - et ce que nous faisons », a souligné M. Serrano lors du European Defence Industry Summit, précisant que cela se faisait en parallèle du renforcement de la coopération UE/OTAN. « Si vous voulez être un partenaire crédible, vous devez avoir les capacités » de l’être, a-t-il ajouté.
Interrogé sur les propos américains selon lequel l’Europe de la Défense serait une distraction de l’OTAN, M. Domecq a estimé que sur les sujets de défense, « la rhétorique était toujours mauvaise, des deux côtés de la ville [sous-entendu entre la Commission et l'OTAN, NDLR] et de la mer [entre l'UE et les États-Unis, NDLR] ». Selon lui, tant que l'Europe de la Défense et l'OTAN ne sont pas en opposition, les deux peuvent se développer. « Je ne pense pas que ce soit un problème aussi longtemps que cela sert deux exercices de planification de développement des capacités qui sont cohérents », a-t-il expliqué.
« Depuis le début, nous avons créé des ponts pour travailler avec les partenaires », a ajouté M. Serrano. Il a expliqué qu’il fallait voir comment ces passerelles seraient utilisées notamment pour la coopération structurée permanente (CSP ou PESCO en anglais) ou le Fonds européen de Défense (FED).
Alors que le Conseil travaille toujours sur la participation des pays tiers aux projets de la coopération structurée permanente, M. Domecq – qui a estimé qu’un accord en ce sens était encore « faisable » avant la fin de l’année - a cependant rappelé que l’objectif était de travailler entre les États membres et « pas avec des pays tiers ». « C’est pour cela que la participation de ces pays est appelée ‘exceptionnelle’ », a-t-il expliqué. Mais il a aussi estimé que, dans de nombreux projets, une participation « exceptionnelle » de pays tiers pourrait avoir une « valeur ajoutée » et devrait être possible : « leur participation est importante, mais ce n’est pas le thème principal de la CSP ». Il a comparé la CSP avec un mariage, expliquant que, lorsqu'on se marie, on ne recherche pas un autre partenaire en dehors du mariage.
De plus, selon le chef de l’unité ‘Défense' à la DG ‘Croissance’ de la Commission européenne, Alain Alexis, le Fonds européen pour la Défense devrait probablement aussi bénéficier aux entreprises étrangères. « S’il y a des filiales de compagnies contrôlées par les États-Unis en Europe, sous certaines conditions, précisées dans la législation [regulation], elles pourront participer à un consortium et bénéficier du FED », a-t-il souligné. Les négociations institutionnelles sur ce Fonds devront commencer en début d’année prochaine.
Par ailleurs, contrairement aux craintes américaines, les initiatives européennes, y compris le FED, ne changeront pas les règles des marchés publics en Europe, a confirmé M. Domecq. (Camille-Cerise Gessant)