Les membres de la commission des Libertés civiles du Parlement européen (LIBE) ont auditionné, mercredi 30 novembre dans la matinée, les trois candidats à la succession de l’ancien directeur exécutif de Frontex Fabrice Leggeri (EUROPE 12942/1).
En un temps relativement court, moins de deux heures, ils ont ainsi entendu les engagements de l’actuelle directrice lettonne par intérim, Aija Kalnaja, de la Croate Terezija Gras, actuellement au gouvernement croate, et du Néerlandais Hans Leijtens, déjà membre du conseil d’administration de Frontex.
Les trois candidats ont été interrogés tour à tour sur les efforts de transparence de l’agence, la problématique des refoulements, notamment en Grèce, mais aussi sur la mise en œuvre du règlement adopté en 2019 et l’acquisition de nouveaux moyens aériens. Le PE devra remettre son avis à la Commission qui le soumettra ensuite au conseil d’administration de Frontex. Celui-ci rendra sa décision avant la fin de l’année.
Au terme de cette audition, les candidatures de Mme Kalnaja et de M. Leitjens semblaient en tout cas plus solides aux yeux de certains, Mme Gras étant en effet apparue quelque peu sur la défensive et voulant défendre les actions de son gouvernement vis-à-vis des violences sur les migrants aux frontières extérieures.
C’est en tout cas Terezija Gras qui a ouvert le bal. Cette ancienne pilote du processus d’adhésion de la Croatie à l’UE a aussi été chargée de superviser la mise en œuvre des 155 recommandations adressées à Zagreb pour pouvoir accéder à l’espace Schengen, ce qui pourrait être acté en décembre par les ministres de l’Intérieur de l’UE.
Forte de cette expérience, celle qui est actuellement Secrétaire d'État au ministère croate de l'Intérieur a aussi plaidé son bilan en matière de questions de migration et de terrorisme. Elle s’est engagée auprès des élus à tout faire pour remédier aux irrégularités décelées dans le rapport de l’OLAF qui avait conduit le Français à démissionner et à mettre des « règles internes très claires ». La Croate a plaidé pour un plan d’action avec des mesures concrètes pour régler chaque problème identifié par l’OLAF et pour un code de conduite strict pour les agents de Frontex sur le terrain. Il y aura une « politique de zéro tolérance pour le harcèlement (interne) », a-t-elle ajouté, sans toutefois préciser davantage ses idées. Des formations pour renforcer les capacités de sauvetage de Frontex pourront aussi être proposées.
Sans surprise, la candidate croate a été interrogée largement par les groupes des Verts/ALE ou de La Gauche sur les refoulements prêtés aux garde-frontières croates. La candidate a défendu ainsi un long moment les actions de son gouvernement, mais aussi des propos sur les ONG qui lui ont été reprochés par plusieurs élus.
Après elle, la Lettonne Aija Kalnaja a semblé un peu plus solide, étant d’ailleurs déjà aux commandes de l’agence depuis la mi-2022. Si cette candidate est considérée par certains comme une héritière de Fabrice Leggeri, elle a déroulé presque un 'sans-faute' en présentant son programme, assurant aux élus que l’agence a déjà entamé un travail de refondation interne en associant notamment davantage les officiers chargés des droits fondamentaux dans le processus de décision.
La directrice actuelle a aussi promis de renforcer la transparence et l’accès aux documents demandés par les élus. Elle a assuré que les choses s’améliorent en Grèce, qui fait l’objet de beaucoup moins de rapports d’incidents. Et Frontex, a-t-elle ajouté, « a permis de sauver 13 000 migrants en mer cette année ».
Elle veut aussi renforcer l’aide opérationnelle qu’apporte l’agence aux États membres et développer, d’ici à 2025-2027, une stratégie d’acquisition de nouveaux moyens, aériens ou encore des navires pour faire de la surveillance. Augmenter les taux de retours des personnes en situation irrégulière est un autre objectif.
Si la Lettonne a été justement tancée par certains élus sur son héritage Leggeri, elle a reconnu que la confiance en l’agence « sera difficile à regagner ». Elle a promis également un « dialogue ouvert et honnête » avec le PE et les États membres, mais sans faire de promesses au PE que Frontex ne pourra pas tenir.
Le Néerlandais Hans Leijtens s’est aussi positionné sur cette ligne pro-transparence et a pu également faire valoir son expérience de l’intérieur, étant déjà au Conseil d’administration de l’agence. Il s’est dit préoccupé que Frontex ne déploie pas à la fois « tout son potentiel » d’aide aux États membres et suscite des doutes sur le respect des droits fondamentaux. Le manque de confiance dont pâtit l’Agence est aussi un problème.
Ses priorités iront à améliorer « l’efficacité de Frontex, renforcer la légalité des opérations et rétablir la confiance dans l’agence ». Cela passera par des formations des agents, mais aussi par des procédures claires sur ce que peuvent et ne peuvent pas faire les agents de Frontex. Si son expérience opérationnelle a été saluée par certains, le candidat néerlandais pourrait éventuellement être pénalisé par le fait qu’une Belge, Catherine de Bolle, dirige déjà Europol.
Les coordinateurs de LIBE doivent essayer de se réunir, jeudi 1er décembre, pour évaluer ces auditions. (Solenn Paulic)