Le directeur exécutif de l’agence de garde-côtes et garde-frontières, Frontex, le Français Fabrice Leggeri, a présenté sa démission au conseil d’administration de l’agence, qui l’a acceptée, vendredi 29 avril.
Le patron de l’Agence a été mis en difficulté par un rapport confidentiel de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), qui enquête depuis des mois sur des pratiques de mauvaise administration au sein de l'agence, ce qui aurait précipité sa décision, selon Politico, qui a révélé cette démission.
« En raison des enquêtes de l'Office européen de lutte antifraude (OLAF) à l'encontre de trois membres du personnel de Frontex, dont le directeur exécutif de l'agence, le conseil d'administration de Frontex s'est réuni les 28 et 29 avril 2022 pour une réunion extraordinaire afin de décider des prochaines étapes. Le directeur exécutif a eu l'occasion de commenter les conclusions contenues dans le rapport de l'OLAF. Le premier jour de la réunion, il a déclaré sa démission de toutes ses fonctions avec effet immédiat et son intention de mettre fin à son emploi à l'agence. Le conseil d'administration a pris note de ses intentions et a conclu que l'emploi a donc pris fin », a résumé le Conseil d'administration de Frontex dans un communiqué.
Compte tenu de sa démission, « le conseil d'administration a décidé qu'il n'était plus nécessaire d'engager de nouvelles procédures contre le directeur exécutif en rapport avec le rapport de l'OLAF du 15 février 2022, étant donné que l'issue de ces procédures n'affectera plus la position du directeur exécutif ».
C'est Aija Kalnaja, en tant que directrice exécutive adjointe la plus ancienne, qui le remplacera, en attendant qu'un nouveau directeur exécutif ad interim soit nommé, « au plus tard en juin 2022 ».
Le conseil d'administration « affirme clairement qu'un contrôle efficace des frontières et la protection des droits fondamentaux sont pleinement compatibles. Le mandat de l'agence est clairement défini dans le règlement », dit encore le communiqué.
Fabrice Leggeri avait entamé son second mandat de 5 ans en 2020, mais fait face depuis fin 2020 à des révélations en série sur d’éventuelles pratiques de refoulement de migrants aux frontières de l’UE. Le PE a créé à cet effet un groupe d’enquête en commission des libertés civiles et a publié un rapport à la mi-2021 où il mettait en lumière des dysfonctionnements dans le chaîne de notifications des incidents.
« Ce qui compte, c’est l’institution. C’est l’institution qui remplit son mandat et cela ne dépend pas d’une personne en particulier », a réagi la Commission.
Frontex « a des missions critiques et sa principale mission critique est de venir en aide aux États membres dans la protection des frontières extérieures, tout en veillant au respect des droits de l’homme dans l’exécution de cette mission », a ajouté le porte-parole Eric Mamer.
Au PE, Birgit Sippel (allemande) a salué ce départ au nom du groupe S&D. « C'est une évolution attendue depuis longtemps, après des années d'allégations constantes de refoulements et de violations des droits de l'homme, mais c'est une bonne nouvelle que Leggeri se retire enfin ».
« Je salue expressément cette démission, qui est la seule conséquence correcte de la mauvaise conduite du directeur exécutif pendant des années. Cette démission n'aurait jamais eu lieu sans la pression massive du Parlement, des journalistes et des ONG », a réagi de son côté Cornelia Ernst (La Gauche, allemande).
M. Leggeri « a participé personnellement et activement à la complicité de Frontex dans les violations des droits fondamentaux et à la dissimulation de ces dernières ».
Cette semaine, un nouveau rapport a encore fait état de nouvelles accusations de complicité de pratiques de refoulements en mer Égée, qui auraient concerné près de 957 migrants entre 2020 et 2021.
Le patron de Frontex aurait aussi contribué à retarder le recrutement de 40 agents chargés du contrôle du respect des droits fondamentaux.
La Commission indique aussi qu’elle a multiplié les initiatives pour que Frontex remplisse son mandat sur les droits fondamentaux avec un groupe de travail spécifique sur ces questions.
Le PE devrait revenir sur cette démission mercredi, lors de son débat sur la décharge de Frontex. (Solenn Paulic)