Une quinzaine de dirigeants européens, plus d’une vingtaine de dirigeants africains, ainsi que de nombreuses délégations diplomatiques sont attendus à Luanda (Angola), lundi 24 et mardi 25 novembre, à l’occasion du septième sommet 'Union européenne-Union africaine'. Vingt-cinq ans après le premier rendez-vous du genre organisé au Caire (Égypte) en avril 2000, le sommet de Luanda sera une occasion historique de refonder la confiance entre deux partenaires dont les visions stratégiques ont évolué.
L’Afrique revendique de plus en plus une trajectoire de « croissance climatiquement positive » fondée sur la valorisation de ses ressources et de son potentiel renouvelable, tandis que l’UE, confrontée à des tensions géopolitiques et industrielles, recentre ses priorités sur sa compétitivité et sa sécurité énergétique, notamment dans l'accès aux matières premières critiques (EUROPE 13752/25).
« Nous voulons nous concentrer sur le développement durable des chaînes de valeur et sur la manière de travailler avec nos partenaires africains pour soutenir leur montée dans ces chaînes de valeur. Il ne s’agit pas seulement d’extraction [minière, NDRL] », a déclaré un haut fonctionnaire de l'UE en amont du sommet.
L'enjeu vise ainsi à faciliter davantage les investissements privés européens dans les infrastructures - de transport notamment - permettant le développement des chaînes de valeurs, y compris par la création d'emplois locaux. Près de 2 milliards d’euros ont ainsi déjà été mobilisés à travers l’Angola, la République démocratique du Congo (RDC) et la Zambie pour développer le corridor de Lobito (EUROPE 13750/8), et un nouveau paquet d’investissements dans les infrastructures régionales sera annoncé à Luanda.
Le développement des énergies renouvelables devrait également être au cœur des discussions. Au terme d'une campagne menée par la Commission européenne avec l’organisation internationale de plaidoyer 'Global Citizen' et avec le soutien stratégique de l’Agence internationale de l’énergie, quelque 15,5 milliards d'euros d'investissements (dont une promesse de 10 milliards de 'Team Europe') ont déjà été annoncés, vendredi 21 novembre à Johannesburg (Afrique du Sud), par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
Ces financements soutiendront une série de nouveaux projets d’énergie propre couvrant onze pays africains - Madagascar, Malawi, Bénin, Zambie, Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo, Ouganda, Burundi, Maroc, Tunisie, Égypte - notamment dans l’hydroélectricité, le solaire, les réseaux électriques et l’efficacité énergétique.
Dans le domaine numérique, « plusieurs milliards d’euros » devraient être annoncés à Luanda pour la création d'un « pont d’innovation numérique Europe-Afrique » destiné à renforcer l’innovation en Afrique subsaharienne et à fournir un appui en matière de conseil politique et d’accès au financement, a indiqué une source européenne.
Un approfondissement de la coopération dans le domaine de la santé, de la mobilité et des voies légales de la migration est également attendu.
Le sommet sera également l’occasion pour l’UE de signer un nouveau protocole d’accord (‘memorandum of understanding’) avec les membres de la zone de libre-échange continentale africaine ('ZLECA', ou 'AfCFTA' en anglais). Il s'agit de multiplier les échanges de savoir et d'approfondir le dialogue politique, mais aussi de renforcer l’intégration économique du continent africain. Sur ce dernier point, l’UE et ses États membres participent déjà à plusieurs dizaines de programmes d’assistance.
Enfin, les enjeux sécuritaires seront abordés en priorité, notamment la guerre au Soudan (EUROPE 13756/5) et à l'est de la RDC (EUROPE 13753/36) ainsi que l’instabilité grandissante au Sahel, où l'UE entend renouveler sa présence (EUROPE 13756/21).
Le sommet sera coprésidé par le président angolais, João Lourenço, et le président du Conseil européen, António Costa, pour qui l'objectif en Angola sera la poursuite d'un partenariat « robuste, équilibré et tourné vers l'avenir ». (Bernard Denuit et Léa Marchal)