Signe d'une normalisation ultérieure de sa politique monétaire, la Banque centrale européenne a dévoilé, jeudi 15 décembre, la façon dont elle compte réduire, « à un rythme mesuré et prévisible », son stock de titres accumulés dans le cadre du programme d'achats d'actifs (APP).
À partir de début mars 2023, les actifs acquis dans le cadre du programme APP et arrivant à échéance ne seront pas totalement réinvestis. « Cette baisse s'élèvera à 15 milliards d'euros par mois en moyenne jusqu'à la fin du deuxième trimestre 2023 et son rythme ultérieur sera déterminé au fil du temps », a indiqué la présidente de la BCE, Christine Lagarde. Elle a observé que le montant de 15 milliards d'euros correspond, « en gros, à la moitié » des remboursements de titres arrivant à échéance sur la période considérée.
En février, le Conseil des gouverneurs précisera les paramètres de la réduction du portefeuille d'APP et réévaluera régulièrement le rythme de réduction afin qu'il demeure en cohérence avec les orientations de politique monétaire. D'ici fin 2023, il réexaminera son cadre de pilotage des taux d'intérêt à court terme, approche qui, selon Mme Lagarde, fournira des indications sur la finalisation du processus de normalisation du bilan.
En revanche, la BCE a décidé de ne pas toucher, « au moins jusqu'à fin 2024 », au stock de titres acquis dans le cadre du programme 'PEPP' de rachat massif de titres initiés pour affronter la crise économique provoquée par la pandémie de Covid-19 (EUROPE 12908/23). Elle précise que le réinvestissement des remboursements de titres 'PEPP' arrivant à échéance continuera à faire preuve de souplesse.
Nouvelle hausse des taux directeurs de 0,5%
Sans surprise, le Conseil des gouverneurs a également décidé, à une large majorité, de procéder à une nouvelle hausse de ses principaux taux directeurs, cette fois à hauteur de 0,5%, après deux hausses de 0,75% en septembre (EUROPE 13052/1) et octobre (EUROPE 13017/13) et une hausse de 0,5% en juillet (EUROPE 12998/13).
Dès lors, à compter du 21 décembre, les taux d’intérêt de la BCE seront les suivants : 2,50% pour les opérations principales de refinancement, 2,75% pour la facilité de prêt marginal et 2,00% pour la facilité de dépôt.
Mme Lagarde a prévenu que les taux continueront d'augmenter « sensiblement, à un rythme régulier » ('significantly and at a steady pace'). Selon elle, une augmentation régulière de 0,5% apparaît appropriée, car « nous avons fait des progrès, mais il nous reste du chemin à parcourir ». Ensuite, « nous maintiendrons le cap » afin de garantir un retour rapide de l'inflation vers l'objectif à moyen terme de 2%, a-t-elle ajouté. Toute décision sur les taux sera prise sur la base de données actualisées et réunion après réunion.
Jeudi, la BCE a d'ailleurs publié de nouvelles prévisions d'inflation. Celle-ci, après une légère diminution en novembre (10,0%) par rapport à octobre (10,6%), se situe « à un niveau bien trop élevé » et le restera « pendant bien trop longtemps », a estimé Mme Lagarde. La hausse des prix alimentaires s'est notamment encore renforcée et le transfert des prix énergétiques aux consommateurs de détail ne s'est pas totalement matérialisé.
La BCE prévoit ainsi la trajectoire suivante pour l'inflation : 8,4% en 2022, 6,3% en 2023, 3,4% en 2024 et 2,3% en 2025. Hors prix de l'énergie et des denrées alimentaires, cette trajectoire serait la suivante : 3,9% en 2022, 4,2% en 2023, 2,8% en 2024 et 2,4% en 2025.
Concernant la situation économique, les risques baissiers prédominent. Mme Lagarde n'a pas exclu une « faible » ('shallow') contraction au quatrième trimestre de cette année et au premier trimestre 2023, en raison de la crise énergétique, d'une activité économique internationale en berne et d'un resserrement des conditions de financement.
La croissance demeurera « modérée » ('subdued') l'année prochaine, a noté l'ancienne directrice du FMI, en dévoilant les prévisions de croissance de services : 3,4% en 2022, 0,5% en 2023, 1,9% en 2024 et 1,8% en 2025.
Voir les décisions de politique monétaire de la BCE : https://aeur.eu/f/4p1 (Mathieu Bion)