Désireux de démontrer sa détermination à garder le contrôle d'une inflation ayant atteint en août un niveau record de 9,1% sur un an, le Conseil des gouverneurs a frappé un grand coup, jeudi 8 septembre, en relevant ses trois taux directeurs de 75 points de base, après une hausse de 50 points de base fin juillet (EUROPE 12998/13).
Les taux d’intérêt des opérations principales de refinancement de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt seront relevés à respectivement 1,25, 1,50 et 0,75%. Ces hausses vont progressivement renchérir les coûts de financement pour les entreprises, les ménages et les États.
« Le Conseil des gouverneurs a pris la décision de ce jour et prévoit de continuer à relever les taux d’intérêt directeurs au cours de ses prochaines réunions, parce que l’inflation reste beaucoup trop forte et qu’elle devrait demeurer supérieure à la cible (de 2% à moyen terme) pendant une période prolongée », a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde.
Elle a noté que, depuis la réunion de juillet, « les tensions sur les prix se sont encore amplifiées et généralisées dans l’économie », notamment dans le secteur des services. Pire, a-t-elle prévenu, « l’inflation pourrait encore s’accélérer à court terme », surtout en raison de la flambée des prix énergétiques provoquée par l'invasion russe de l'Ukraine, mais aussi en raison de la faiblesse de l'euro par rapport au dollar.
L'institut monétaire a ainsi revu sensiblement à la hausse, par rapport à juin (EUROPE 12968/1), ses prévisions d'inflation pour 2022 et 2023, tout en maintenant une trajectoire de retour à un niveau proche de l'objectif fin 2024. La trajectoire retenue est désormais la suivante : 8,1% en 2022, 5,5% en 2023 et 2,3% en 2024.
D'après Mme Lagarde, le nombre de réunions successives du Conseil des gouverneurs au cours desquelles des hausses de taux interviendront oscille entre deux et cinq réunions. L'ampleur de chaque augmentation dépendra des données macroéconomiques les plus récentes et sera arrêtée à chaque réunion, a-t-elle souligné, tout en convenant que les hausses seront d'autant plus élevées que l'écart entre le taux observé et la cible est grand. « Et nous voulons retourner rapidement à notre objectif », a-t-elle insisté.
Interrogée sur l'opportunité de mettre en place un mécanisme asséchant la liquidité disponible ('quantitative tightening') sur les marchés, Mme Lagarde a souhaité que la BCE reste focalisée sur les taux, selon elle, les plus efficaces.
Une récession évitée en 2023 ?
Les données récentes à la disposition de l'institut de Francfort signalent « un ralentissement substantiel » de la croissance au sein de la zone euro. D'après Mme Lagarde, l’économie pourrait ainsi observer « une phase de stagnation en fin d’année et au premier trimestre 2023 », en raison des prix très élevés de l’énergie qui grèvent le pouvoir d’achat des revenus des consommateurs.
Ainsi, les vents contraires soufflant plus fort qu'en juin, la BCE a revu « nettement » ('markedly') à la baisse ses projections de croissance du PIB de l'Eurozone pour 2023 sur la base de la trajectoire suivante : 3,1% en 2022, 0,9 en 2023 et 1,9 en 2024.
Mme Lagarde a évoqué un scénario adverse envisagé par ses services et qui prévoit un arrêt complet de la fourniture d'hydrocarbures russes cet hiver. Si ce scénario se réalise, une récession de 0,9% du PIB se matérialiserait dans la zone euro.
Rare élément de satisfaction dans ce paysage macroéconomique plombé par l'invasion russe de l'Ukraine, le niveau de chômage est historiquement bas, à 6,6%.
Quant aux craintes exprimées d'un renchérissement du service de la dette publique dans les pays de la zone euro fortement endettés, comme l'Italie et la Grèce, l'ancienne directrice générale du FMI a rappelé que l'outil 'anti-fragmentation' de la BCE, dévoilé en juillet, était prêt, et que le Conseil des gouverneurs n'hésitera pas à y avoir recours en cas de turbulence sur les marchés de la dette souveraine, alors que les Italiens sont invités aux urnes fin septembre.
Voir les décisions monétaires de la BCE : https://aeur.eu/f/306 (Mathieu Bion)