Face à une inflation « indésirablement élevée » et au ralentissement observé de la croissance économique en zone euro, le Conseil des gouverneurs de la BCE a dévoilé, jeudi 9 juin à Amsterdam, la séquence qui mènera à une remontée graduelle des taux d'intérêt de l'institut monétaire qui débutera, jeudi 21 juillet, par une hausse de 0,25% des trois taux directeurs.
Nous avons décidé, à l'unanimité, de franchir « de nouvelles étapes dans la normalisation de notre politique monétaire », a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde.
En premier lieu, après la finalisation de l'opération 'PEPP' en mars (EUROPE 12855/8), l'institut monétaire mettra un terme à un autre instrument non conventionnel en stoppant ses achats dans le cadre de l'opération 'APP' ('asset purchase programme') à compter du 1er juillet 2022. Les montants résultant du remboursement des titres acquis via cette opération et arrivant à échéance seront réinvestis pendant « une période prolongée » après le début d'une remontée des taux d'intérêt.
Deuxièmement, la BCE actionne à nouveau ses instruments conventionnels. Elle donne des indications sur l’orientation future de sa politique monétaire en matière de taux ('forward guidance'). Considérant que les trois conditions nécessaires fixées en juillet 2021 sont « satisfaites » (EUROPE 12767/16), elle relèvera les trois taux directeurs de 25 points de base le 21 juillet prochain.
Ainsi, les taux d’intérêt des opérations principales de refinancement, de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt remonteront respectivement à 0,25, 0,50 et -0,25%.
Interrogée sur une hausse des taux limitée à 0,25% en juillet, Mme Lagarde a fait valoir que la BCE va remonter ses taux pour la première fois depuis « onze ans » et les faire sortir du territoire négatif. « En ces temps de grande incertitude, la gradualité est probablement appropriée », a-t-elle estimé, préconisant une augmentation dont l'ampleur est « appréciable sans être excessive et qui montre un chemin ».
Troisièmement, la BCE s'attend à relever à nouveau ses taux en septembre. La calibration de cette augmentation dépendra de nouvelles projections en matière d'inflation. Si ces projections à moyen terme se maintiennent au niveau actuel (2,1% en 2024) ou se détériorent, une augmentation plus forte des trois taux directeurs sera appropriée, jeudi 8 septembre.
Sur la base de son analyse actuelle, l'institut monétaire anticipe de nouvelles hausses « graduelles et soutenues » de ses taux d'intérêt après septembre, de manière à respecter son mandat de maintenir une inflation à 2% à moyen terme.
La BCE rappelle que toute décision sera basée sur des données actualisées et elle se réserve le droit d'agir de manière flexible afin de réajuster sa politique monétaire en fonction des circonstances. Elle fera tout pour éviter une fragmentation des conditions de financement qui pourrait notamment se matérialiser par des divergences trop fortes dans les taux d'intérêt des titres souverains à long terme. Sur ce point, Mme Lagarde a évoqué la possibilité de nouveaux outils monétaires, refusant d'en dire plus.
Jeudi, la BCE a révisé significativement à la hausse ses prévisions d'inflation par rapport à mars, celle-ci ayant atteint 8,1% en mai dans l'Eurozone (EUROPE 12908/23). « Les pressions inflationnistes se sont élargies et intensifiées », a noté Mme Lagarde, citant l'impact de l'invasion russe de l'Ukraine sur les prix énergétiques (+39,2% sur un an) et des denrées alimentaires (+7,5% en mai), des perturbations sur les chaînes d'approvisionnement liées aux mesures sanitaires anti-Covid-19 prises en Chine et les augmentations salariales.
La trajectoire envisagée de l'inflation est désormais la suivante : 6,8% en 2022, 3,5% en 2023 et 2,1% en 2024.
En revanche, l'institut de Francfort a revu significativement à la baisse ses prévisions de croissance, la guerre en Ukraine perturbant aussi le commerce international et minant la confiance des acteurs économiques. Toutefois, l'emploi se porte bien, les mesures budgétaires ciblées des États continuent de faire effet et l'épargne constituée pendant la pandémie de Covid-19 est un filet de sécurité.
« Une fois que les vents contraires actuels faibliront, l'activité économique devrait reprendre », a considéré Mme Lagarde.
La trajectoire désormais envisagée en matière de croissance dans l'Eurozone est la suivante : 2,8% en 2022, 2,1% en 2023 et 2,1% en 2024.
Voir les décisions de politique monétaire de la BCE : https://aeur.eu/f/216 (Mathieu Bion)