Considérant que la zone euro a appris à vivre avec le virus responsable de la Covid-19, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé, jeudi 16 décembre, de mettre un terme, fin mars 2022, à l'opération 'PEPP' de rachat massif de titres surtout publics mise en place deux ans plus tôt pour affronter la pandémie (EUROPE 12450/6).
Face aux incertitudes macroéconomiques qui demeurent, elle maintiendra une politique monétaire très accommodante afin de garantir l'ancrage recherché de la trajectoire de l'inflation à moyen terme.
« Nous estimons que les progrès de la reprise économique et de la réalisation de notre objectif d'inflation à moyen terme permettent une réduction progressive du rythme de nos achats d'actifs au cours des prochains trimestres », a déclaré la présidente de l'institut de Francfort, Christine Lagarde. « Mais l'accommodation monétaire reste nécessaire », a-t-elle ajouté, faisant valoir l'importance d'agir avec « flexibilité » et de disposer d'une large gamme d'instruments pour réagir à toute « menace » qui pèserait sur la transmission de la politique monétaire à l'économie et in fine sur la stabilité des prix.
PEPP. Jeudi, le Conseil des gouverneurs de la BCE a donc pris les décisions suivantes presque à l'unanimité : - le rythme des achats via l'opération 'PEPP' diminuera au premier trimestre 2022 par rapport au rythme décidé en septembre (EUROPE 12787/1) ; - les achats nets se termineront fin mars, mais, si nécessaire, le Conseil des gouverneurs pourrait décider à tout moment de les réactiver pour contrer « des chocs négatifs liés à la pandémie » ; - les montants investis via l'opération 'PEPP' arrivant à maturité seront réinvestis jusqu'à au moins fin 2024, soit un an de plus que prévu initialement.
Sur ce point, Mme Lagarde a insisté sur la flexibilité de ces investissements « en termes de calendrier, de catégories de titres et de juridiction ». Cela pourrait inclure le rachat de titres de dette publique grecque, a-t-elle noté, afin d'éviter toute interruption susceptible de provoquer une poussée des taux d'intérêt sur ces titres souverains qui ne peuvent pas être acquis via l'opération 'APP' de la BCE en raison du rating financier insuffisant des titres grecs.
APP. Outre la probabilité de maintenir inchangés ses principaux taux d'intérêt directeurs, la BCE a décidé de relancer l'opération 'APP' à partir d'avril, pour compenser l'arrêt de l'opération 'PEPP'. Le rythme d'achats mensuels via l'opération 'APP' sera de 40 milliards d'euros au deuxième trimestre, de 30 milliards au troisième trimestre et de 20 milliards à partir d'octobre 2022 et presque jusqu'à la première remontée des taux directeurs.
Ces décisions de politique monétaire ont été prises à la lumière d'une analyse de la situation macroéconomique et de nouvelles projections en matière de croissance et d'inflation pour la zone euro. Elles seront revues au fur et à mesure que ces données seront actualisées en 2022.
D'après la BCE, les risques pesant sur l'économie demeurent globalement équilibrés. À la faveur des campagnes de vaccination, la reprise reste soutenue, même si à un rythme moins vigoureux en cette fin d'année, et elle devrait se poursuivre l'année prochaine. Le niveau de production de richesses devrait ainsi dépasser son niveau d'avant-pandémie au premier trimestre 2022 et le chômage a atteint un niveau très bas.
Néanmoins, à court terme, l'apparition du variant Omicron du virus SARS-CoV-2 oblige les pays de la zone euro à rétablir certaines restrictions sanitaires, les pénuries de matériaux et de main-d'œuvre continuent de se faire sentir et la flambée des prix de l'énergie pénalise le pouvoir d'achat.
La croissance du PIB de l'Eurozone devrait atteindre 5,1% en 2021, 4,2% en 2022 et 2,9% en 2023 (contre respectivement 5,0%, 4,6% et 2,1%, selon les prévisions de septembre).
Concernant l'inflation, Mme Lagarde a estimé que la trajectoire actuelle de la hausse des prix progressait vers la cible de 2% à moyen terme. Calculée à 4,9% en novembre surtout en raison de la flambée des prix énergétiques, l'inflation devrait demeurer « au-dessus de 2% pendant la majeure partie de 2022 » en restant élevée à court terme avant de décliner progressivement au cours de 2022.
La BCE anticipe ainsi la trajectoire suivante: 2,6% en 2021, 3,2% en 2022 et 1,8% en 2023 et 2024. C'est « nettement plus élevé » que la trajectoire anticipée en septembre (respectivement 2,2% en 2021, 1,7% en 2022 et 1,5% en 2023), a reconnu Mme Lagarde. Hors prix énergétiques et des denrées alimentaires, l'inflation s'élèverait à 1,4% en 2021, à 1,9% en 2022, à 1,7% en 2023 et à 1,8% en 2024.
Plus d'informations sur les décisions prises : https://bit.ly/3s9N67c (Mathieu Bion)