Les chefs d'État ou de gouvernement des Vingt-sept, réunis en Conseil européen, ont longuement débattu, jeudi 16 décembre au matin, de la lutte contre la Covid-19 au sein de l'Union européene et, au-delà, par la coopération internationale, pour riposter à Omicron, ce variant du SARS-CoV-2 très contagieux.
Accélération de la vaccination et des rappels vaccinaux et coordination des mesures de restriction de voyages ont été les deux mots d'ordre des dirigeants, qui se sont tous montrés alarmés par la vitesse de propagation du dernier variant en date, même si son taux de mortalité demeure bas.
« Il est crucial et urgent de déployer la vaccination pour tous et d'administrer des doses de rappel », affirment les conclusions du Conseil européen, restées inchangées par rapport au projet de texte détaillé dans nos pages (EUROPE 12854/5).
« Nous prenons la situation au sérieux et nous voulons continuer à coopérer », a souligné le Président du Conseil européen, Charles Michel, à l'issue des travaux. Pour la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, « la seule réponse est la vaccination à partir de cinq ans ». Elle a évoqué un délai de « six mois au plus tard », pour l'administration des rappels après la deuxième dose.
Le Premier ministre slovène, Janez Janša, a jugé important aussi de « lutter contre la désinformation qui alimente les réticences envers la vaccination et représente un énorme risque sanitaire pour tous » - un aspect également mentionné dans les conclusions. En outre, il conviendrait d'adopter « pour les traitements thérapeutiques, la même approche coordonnée que pour les vaccins », s'agissant notamment des achats groupés, a-t-il souligné.
« La seule réponse immédiate à Omicron est l'accélération de nos programmes de vaccination, en particulier les rappels. En Grèce, nous avons été l'un des premiers pays européens à ouvrir les rappels à l'ensemble de la population et nous sommes très satisfaits de l'évolution du programme », a déclaré le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, évoquant une « course contre la montre ».
Le Taoiseach, Micheal Martin, pour sa part, a fait état d'une « préoccupation importante quant à la capacité de ce variant de créer une pression sur nos sociétés et nos systèmes de santé ». Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a déclaré fièrement: « Nous avons commencé avec la vaccination des enfants. Il faut aussi continuer avec les rappels ».
Jeudi midi, la Commission a annoncé avoir conclu un accord avec Moderna pour accélérer la livraison de son vaccin expérimental à ARN messager aux pays de l'UE qui ont un besoin à court terme, en particulier l'Allemagne, pour laquelle Moderna a accepté d'anticiper la livraison de 10 millions de doses en décembre. 25 millions de doses supplémentaires suivront pour ce pays au premier trimestre 2022.
Le même jour, l'Agence européenne du médicament (EMA) a approuvé l'utilisation d'urgence du médicament anti-Covid-19 de Pfizer - médicament « qui n'est pas encore autorisé dans l'UE », mais qui « peut être utilisé pour traiter les adultes atteints de la Covid-19 qui n'ont pas besoin d'oxygène supplémentaire et qui présentent un risque accru de développer une forme sévère de la maladie ».
La durée de validité des certificats Covid bientôt précisée
Les dirigeants européens n’ont pas pris de décision sur la façon dont ils peuvent coordonner leurs mesures nationales contre la Covid-19 et notamment sur la question de l’utilisation des certificats Covid numériques de l’UE. Ils ont toutefois accepté le principe d’une durée de validité de ces outils que la Commission sera chargée de préciser dans un acte délégué.
Le texte des conclusions du Conseil européen souligne en effet la nécessité d’avoir une « approche coordonnée sur la durée de validité » de ces certificats lancés cet été dans l’UE pour faciliter la libre circulation des Européens et il « prend acte » de cet acte délégué à venir.
Fin novembre, la Commission a proposé, dans une recommandation du 25 novembre (EUROPE 12840/1), que cette durée soit portée à neuf mois après la deuxième dose de vaccin anti-Covid-19. Mais les États membres n’ont pas encore pris de décision sur ce projet de recommandation révisée, qui couvre par ailleurs des aspects plus larges comme la nouvelle cartographie de l’ECDC et les nouvelles zones ‘couleur’ basées sur le statut de la personne plutôt que sa zone de provenance.
Dans ses conclusions, le Conseil européen appelle à l’adoption rapide de cet outil et de la recommandation sur les voyages non essentiels vers l’UE. La cellule de gestion de crise de l'UE (IPCR) se penchera, en début de semaine prochaine, sur ces deux textes révisés.
Plusieurs pays se sont inquiétés, jeudi, d’une application en ordre dispersé des règles européennes sous l’effet du variant Omicron alors que quatre pays imposent désormais, à l’arrivée sur leur territoire, des tests PCR aux personnes dotées de ce certificat.
« Si les pays recommencent à avancer en ordre dispersé en imposant d’autres règles, nous mettons en danger le certificat Covid numérique », a déclaré le Premier ministre belge, Alexander de Croo, pour qui cet outil est « une bonne solution européenne qui facilite et sécurise les déplacements des citoyens au sein de l'UE ». Et de mettre en garde: « Si chaque pays recommence à agir séparément, on ne va pas s’en sortir »
Le Président français, Emmanuel Macron, a, quant à lui, indiqué à l’issue du sommet que la France n’imposerait aucun test aux voyageurs de l’UE détenteurs d’un certificat, contrairement aux mesures que le gouvernement français vient d’imposer aux voyageurs venant du Royaume-Uni et justifiées par la propagation du variant Omicron.
« Ce que font en général l’Italie, le Portugal ou l’Irlande est accepté dans un sens où il y a une marge de manœuvre » octroyée à chaque pays, a commenté de son côté le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte. « Dans le même temps, nous reconnaissons qu'il faut agir de manière coordonnée, notamment en ce qui concerne le certificat Covid-19. La proposition de la Commission aiderait à revenir à une plus grande coordination ».
La coopération internationale comme salut
Dans ses conclusions, le Conseil européen fait l'apologie de la « coopération mondiale fondée sur la confiance et l'assistance mutuelle » comme « le seul moyen de surmonter la pandémie ». Il « félicite le Botswana et l'Afrique du Sud » pour leur transparence et le séquençage génomique du variant Omicron.
Les Vingt-sept affichent leur détermination à accélérer le partage de doses via Covax ou par les États membres bilatéralement avec les pays tiers dans le besoin, « en particulier l'Afrique », ainsi que les moyens d'une livraison et d'une vaccination effectives (EUROPE 12850/22).
Pour le chancelier fédéral allemand, Olaf Scholz, il faut faire en sorte que le reste du monde soit vacciné, Covax jouant un rôle important à ce titre.
Le G20 et l'UE ont en effet l'ambition de vacciner 70% de la population mondiale d'ici la mi-2022.
Voir les conclusions du Conseil européen: https://bit.ly/30A2fn9 (Aminata Niang, Solenn Paulic et la rédaction)