La Banque centrale européenne (BCE) a sorti l'artillerie lourde, mercredi 18 mars en fin de soirée, en annonçant une nouvelle opération de rachat massif de titres privés et publics d'une ampleur inédite de 750 milliards d'euros, supérieure à l'effort consenti en 2012 lors de la crise de la dette souveraine en zone euro.
Objectif : convaincre les marchés financiers que l'institut monétaire fera tout ce qui est nécessaire ('whatever it takes') pour empêcher la fragmentation du marché des titres souverains des pays de la zone euro et effacer les récentes déclarations ambigües de sa présidente, Christine Lagarde (EUROPE 12449/8).
Saluée jeudi par les principaux dirigeants européens, cette nouvelle injection massive de liquidités, combinée à de nouvelles mesures annoncées par d'autres banques centrales, comme la FED des États-Unis, semble avoir interrompu à ce stade la spirale négative observée ces derniers jours sur les marchés de la dette souveraine.
Baptisée Pandemic Emergency Purchase Program (PEPP), la nouvelle opération temporaire disposera d'une force de frappe de 750 milliards d'euros à utiliser jusqu'à la fin de la crise économique provoquée par la pandémie de coronavirus, mais « en tous les cas pas avant fin 2020 », pour acquérir tous les titres déjà éligibles à l'opération 'asset purchase program' (APP) existante et qui avait été relancée en septembre dernier à hauteur de 20 milliards d'euros par mois (EUROPE 12326/1).
Concernant l'acquisition de titres souverains, la règle générale consistera à acquérir des volumes correspondant à la clé de répartition du capital de la BCE. Néanmoins, cette règle sera appliquée de manière flexible en fonction de la nature des titres et des pays d'émission. Pour la première fois, la Grèce est incluse dans une opération de cette nature, puisqu'elle n'est plus sous perfusion financière de la zone euro. Enfin, la BCE se dit prête, si nécessaire, à passer outre le seuil de 33% de détention de la dette d'un même pays qu'elle s'était imposée.
« La BCE s'assurera que tous les secteurs de l'économie bénéficient de conditions de financement favorables permettant d'absorber le choc. Cela vaut de manière égale pour les familles, les entreprises, les banques et les gouvernements », a déclaré le Conseil des gouverneurs, se disant prêt à ajuster encore l'ampleur, la composition et la durée de son intervention en fonction de l'évolution de la situation, tout en restant dans le périmètre de son mandat.
« Notre engagement en faveur de l'euro ne connaît aucune limite », a considéré Mme Lagarde, via Twitter.
La nouvelle opération PEPP, combinée aux mesures annoncées la semaine dernière (EUROPE 12445/1) et la relance de l'opération APP, porte à plus de 1 000 milliards d'euros les injections de liquidités en cours de la BCE.
Pour faire face à la paralysie de l'économie provoquée par le Covid-19, de nombreux gouvernements de la zone euro ont annoncé des mesures d'urgence (garanties publiques, report de charges fiscales) supérieures à celles prises lors de la crise financière de 2008. Ils seront donc obligés d'emprunter substantiellement sur les marchés. Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a déjà prévenu que la dette française allait dépasser 100% du PIB national.
Déjà lourdement endettée et faisant face à une croissance atone en conjoncture normale, l'Italie faisait déjà l'objet de spéculation sur sa dette, le taux d'intérêt sur les titres italiens à dix ans ayant grimpé jusqu'à 2,5% mercredi, alors qu'il était inférieur à 1% fin février.
De nombreux dirigeants de l'UE ont accueilli favorablement cette initiative inédite qui, comme d'autres programmes de la BCE de rachat de titres souverains (EUROPE 11336/18), pourrait in fine être contestée devant les tribunaux pour financement indirect des États membres.
« L'Europe l'a fait ! », s'est félicité le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, estimant la décision de la BCE « à la hauteur de la sévérité de la crise sanitaire traversée et du choc économique qu'elle provoque ». Le président français, Emmanuel Macron, a apporté son « plein soutien aux mesures exceptionnelles » prises par la BCE. « À nous, États européens, d’être au rendez-vous par nos interventions budgétaires et une plus grande solidarité financière au sein de la zone euro », a-t-il indiqué.
Au Parlement européen, la réaction est également très positive. Selon son président, David Sassoli, la BCE agit pour protéger « les familles, les travailleurs, les entreprises ».
Plus d'informations sur l'opération PEPP : http://bit.ly/3dh3d9s (Mathieu Bion)