Confrontée à une trajectoire de l'inflation à moyen terme encore revue à la baisse, la BCE a pris, jeudi 12 septembre, cinq mesures accommodantes de politique monétaire, parmi lesquelles une action sur ses principaux taux directeurs et la relance d'un programme de rachat massif de titres financiers.
« Avec cette série exhaustive de décisions de politique monétaire, nous fournissons un stimulus monétaire substantiel pour garantir que les conditions financières demeurent favorables et soutiennent l'expansion dans la zone euro », ainsi que la convergence de l'inflation vers une trajectoire conforme à notre mission, a déclaré le président de l'Institut monétaire, Mario Draghi.
Le Conseil des gouverneurs a ainsi pris les mesures suivantes :
Taux. Le taux de la facilité de dépôt a été revu à la baisse, passant de -0,40% à -0,50%, alors que les deux autres taux directeurs de la BCE demeurent inchangés (0,00% pour les opérations principales de refinancement et 0,25 % pour la facilité de prêt marginal).
La BCE renforce son pilotage des anticipations ('forward guidance') en ne fixant plus à l'été 2020 l'horizon d'une hausse des taux. Ainsi, les taux resteront à leur niveau actuel, ou inférieur, jusqu'à ce que la trajectoire de l'inflation converge « de façon robuste » à un niveau conforme à la mission de l'institut, à savoir un niveau proche, mais inférieur à 2%, et jusqu'à ce que cette convergence se reflète « de façon consistante » dans la dynamique de l'inflation sous-jacente (hors prix énergétiques et de l'alimentation).
APP. Le Conseil des gouverneurs a également décidé de relancer, à partir du 1er novembre, son programme de rachat de titres ('asset purchase program' ou APP), pour un montant mensuel de 20 milliards d'euros. Ce rythme d'acquisitions sur les marchés secondaires se poursuivra « aussi longtemps que nécessaire », afin de renforcer l'impact accommodant de la politique menée en matière de taux, mais il s'achèvera peu avant que les taux soient à nouveau relevés.
D'après M. Draghi, le Conseil des gouverneurs n'a pas eu à discuter d'une échéance pour la relance du programme, dans la mesure où l'institut dispose de la marge suffisante pour aller de l'avant « sur une durée plutôt longue ».
Autre mesure liée : les remboursements provenant des titres acquis dans le cadre du programme APP et arrivant à maturité seront totalement réinvestis longtemps après la période marquant un retour au relèvement des taux.
Par ailleurs, le Conseil des gouverneurs a modifié l’opération 'TLTRO III' de refinancement bancaire à long terme afin de maintenir de bonnes conditions de crédit. Enfin, sera introduit un système à deux niveaux ('two-tier system') pour la rémunération des dépôts bancaires afin que l'excès de liquidités placées par les banques au guichet de la BCE ne pâtisse pas des taux négatifs de rémunération.
Le président de la BCE, qui quittera ses fonctions au 1er novembre pour laisser la place à Christine Lagarde (EUROPE 12320/4), a cité trois raisons permettant de justifier cette nouvelle salve de mesures accommodantes : - une décélération de la croissance économique « plus marquée qu'attendu » ; - la persistance de risques baissiers de nature commerciale et géopolitique ; - la révision à la baisse des projections en matière d'inflation, alors que le scénario économique « relativement favorable » sur lequel la BCE s'est basée pour agir « n'inclut pas le risque d'un Brexit sans accord dont la probabilité augmente ».
Jeudi, l'institut monétaire a en effet revu à la baisse sa prévision en matière de hausse de prix, fixant la nouvelle trajectoire à hauteur de 1,2% en 2019, 1,0% en 2020 et 1,5% en 2021. Ses prévisions de croissance pour la zone euro ont aussi été revues à la baisse pour 2019 et 2021. La création de richesses n'atteindrait que 1,1% en 2019, 1,2% en 2020 et 1,4% en 2021.
Interrogé sur le degré de soutien du Conseil des gouverneurs sur l'ensemble des mesures adoptées, M. Draghi a indiqué que tous les gouverneurs étaient convaincus de la nécessité d'agir. Certains d'entre eux l'étaient moins sur l'ampleur des mesures finalement retenues, l'opportunité de relancer le programme de rachat d'obligations étant la plus controversée. Mais, au final, « le consensus était suffisamment large pour ne pas avoir à procéder à un vote », a souligné M. Draghi.
Enfin, l'ancien gouverneur de Banca d'Italia a souligné que les mesures adoptées jeudi par la BCE, bien accueillies par les marchés, auront un impact plus fort et plus rapide si les pays de la zone euro mettent en œuvre des politiques budgétaires cohérentes, où les pays en difficulté réforment leur économie et ceux disposant des marges suffisantes investissent pour soutenir leur économie.
« Il est grand temps que la politique budgétaire devienne l'instrument principal de politique économique », a souligné M. Draghi. Il n'a pas plaidé pour une réforme du Pacte de stabilité, mais pour son respect intégral.
Plus d'informations sur les décisions monétaires : http://bit.ly/2kGFZmo (Mathieu Bion)