Mercredi 4 septembre, lors d'une audition au Parlement européen, la candidate désignée par le Conseil européen à la tête de la Banque centrale européenne (BCE), la Française Christine Lagarde, a indiqué qu'elle œuvrerait - si elle accède à la fonction début novembre - en faveur d'une politique monétaire certes fidèle à sa mission première du maintien de la stabilité des prix, mais aussi davantage soucieuse de l'enjeu climatique (EUROPE 12317/5).
« Mon opinion personnelle est la suivante : toute entité publique doit inscrire au cœur de son action la prise en compte du risque lié au dérèglement climatique », a déclaré Mme Lagarde en répondant aux questions de la commission des affaires économiques et monétaires, dont le président, Roberto Gualtieri (S&D, italien) - absent mercredi - était pressenti pour intégrer le gouvernement italien.
Faisant valoir son expérience en la matière acquise à la tête du Fonds monétaire international (FMI), elle a cité plusieurs pistes d'action.
En réponse à des questions de Sven Giegold (Verts/ALE, allemand) et Pascal Canfin (Renew Europe, français), elle n'a vu aucune raison pour ne pas appliquer « la taxonomie » en cours d'élaboration au niveau européen et qui permettra d'évaluer le caractère durable des investissements financiers (voir EUROPE 12282/17 et autre article dans ce bulletin). « Le fait d'être dans l'incertitude sur le classement et les rangs de ces produits est un frein », a noté Mme Lagarde, pour qui cette taxonomie « se superpose » au concept de neutralité dont doit faire preuve la BCE dans ses investissements.
Damien Carême (Verts/ALE, français) a évoqué une récente étude de l'organisation Positive Money Europe, selon laquelle 63% des rachats de la BCE de titres privés dans le cadre de l'opération 'quantitative easing' sont allés « aux multinationales les plus polluantes ».
Sur l'investissement dans les actifs carbonés, Mme Lagarde a admis que le portefeuille détenu par la BCE ne pouvait pas changer du jour au lendemain, mais qu'il pouvait évoluer de façon graduelle. Elle a aussi noté que la BCE gérait un fonds de pension dont les choix d'investissement peuvent être révisés.
« Les choses devront évoluer », a-t-elle insisté, convaincue que de telles actions enverront un signal aux marchés.
Whatever it takes. Saluant l'action du Conseil des gouverneurs de la BCE après la crise financière 2008, l'ancienne ministre française des Finances a espéré qu'elle ne devra pas prononcer la célèbre expression 'Whatever it takes'. De cette manière, le président sortant, Mario Draghi, avait clairement indiqué aux marchés que la BCE agirait en tant que prêteur en dernier ressort pour garantir la stabilité financière.
À Gunnar Beck (ID, allemand), qui rappelait l'interdiction faite par les traités de financer des États membres, Mme Lagarde n'a pas caché que, durant la crise financière, les décideurs politiques avaient été contraints de « transgresser » - et pas violer - les traités parce que « personne ne savait quoi faire pour préserver la stabilité financière et protéger les dépôts des épargnants ».
Et, malgré l'impact négatif que des taux d'intérêt très faibles ont sur l'épargne, elle s'est inscrite dans la lignée de la politique monétaire très accommodante que mène actuellement la BCE en réaction à la faiblesse persistante de l'inflation et aux risques géopolitiques pesant sur l'économie de la zone euro (EUROPE 12304/1).
UEM. En parallèle de l'action de la BCE pendant la crise financière, les dirigeants de la zone euro ont agi pour consolider l'Union économique et monétaire (UEM) par la création des fonds de sauvetage provisoires et permanents, comme le Mécanisme européen de stabilité. Le projet d'union bancaire a aussi vu le jour et Mme Lagarde a plaidé pour son achèvement à travers la mise sur pied d'un système européen de garantie des dépôts (EDIS), le partage des risques étant « le but ultime » à poursuivre au sein d'une union monétaire.
Comprenant les difficultés pour y parvenir en raison du « manque de confiance » entre pays de la zone euro, elle a suggéré de procéder selon le modèle du 'donnant-donnant' : d'un côté, il est possible d'agir pour réduire les prêts bancaires non performants, élaborer des stress tests bancaires rigoureux et instaurer un plus haut degré de supervision pour que, de l'autre, le système EDIS voie le jour.
D'après la candidate à la succession de M. Draghi, le même processus pourrait être agréé pour mettre en place une capacité budgétaire pour la zone euro (EUROPE 12303/3).
Sur ce point, Mme Lagarde a jugé très utile de parvenir à un budget pour les Dix-neuf qui soit non seulement « un instrument stimulant la convergence et l'investissement, mais aussi apte à répondre à une situation où un pays de la zone euro ferait face à un choc et à des problèmes de liquidité ».
À Hubert Juvin (ID, français), qui l'interrogeait sur le rôle international de l'euro, l'ancienne ministre a noté que la monnaie unique était déjà une monnaie de réserve sans être devenue la monnaie de référence. Une manière d'y parvenir serait de doter l'euro de la palette des instruments nécessaires : des systèmes de paiement efficaces, des marchés des capitaux musclés et, à moyen terme, la création d'un instrument financier au niveau de la zone euro capable de jouer le même rôle de valeur refuge que les bons du Trésor américain.
Grèce. Paul Tang (S&D, néerlandais) et Dimitrios Papadimoúlis (GUE/NGL, grec) ont questionné la présidente sortante du FMI sur le troisième plan de sauvetage grec.
Celle-ci a convenu que les Grecs avaient beaucoup souffert des mesures imposées en échange d'une aide financière. Elle a réitéré la position de l'organisation financière, selon laquelle exiger un surplus budgétaire primaire (hors service de la dette) de 3,5% du PIB national était excessif.
Mercredi en fin d'après-midi, la commission parlementaire a approuvé pour avis la nomination de Mme Lagarde à la tête de la BCE à une forte majorité (37 voix pour, 11 contre, 4 abstentions). (Mathieu Bion)