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Bulletin Quotidien Europe N° 12317
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / Bce

Mme Lagarde s'inscrit dans la continuité de la politique monétaire menée sous la houlette de M. Draghi

La candidate désignée par le Conseil européen à la tête de la Banque centrale européenne (BCE), la Française Christine Lagarde, promouvra une politique monétaire s'inscrivant dans la lignée de celle menée actuellement par l'institut monétaire, à en juger par les réponses que la présidente sortante du Fonds monétaire international (FMI) a envoyées aux eurodéputés qui l'auditionneront mercredi 4 septembre à Bruxelles (EUROPE 12315/15).

D'après Mme Lagarde, la politique monétaire de la BCE menée ces huit dernières années a été « efficace et couronnée de succès ». Ceci étant, puisque l'inflation demeure faible et la croissance économique ralentit en raison notamment des tensions géopolitiques, « il est clair que la politique monétaire doit demeurer hautement accommodante dans un avenir prévisible », souligne-t-elle.

Ainsi, d'après la présidente sortante du FMI, les principaux taux directeurs de la BCE, qui resteront très bas - voire négatifs - jusqu'à mi-2020 (EUROPE 2270/17), n'ont « pas encore touché leur valeur plancher » ('lower bound'), même si cette politique monétaire a des conséquences sur la profitabilité du secteur bancaire.

Jeudi 12 septembre, soit la date d'entrée en fonction vraisemblable de Mme Lagarde à Francfort, le Conseil des gouverneurs se penchera sur de nouvelles mesures visant à faire remonter la trajectoire de l'inflation à un niveau conforme à la mission de la BCE, à savoir proche, mais inférieur à 2% (EUROPE 12304/1).

D'après l'institut monétaire, l'inflation devrait atteindre 1,3% en 2019, 1,4% en 2020 et 1,6% en 2021.

Interrogée sur l'évolution de la mission de la BCE, Mme Lagarde n'exclut pas qu'à long terme, une réflexion s'engage sur la façon dont l'institution européenne pourrait soutenir les politiques globales poursuivies au sein de l'Union européenne, « telles qu'une croissance durable et inclusive », mais sans ignorer sa mission première en matière de hausse des prix. 

Pacte de stabilité. Mme Lagarde a en outre souligné que le respect des règles du Pacte de stabilité et de croissance était nécessaire pour garantir des finances publiques saines et, a fortiori, pour s’assurer du bon fonctionnement de l’Union économique et monétaire (UEM).

Évoquant la réforme de l’UEM, la présidente sortante du FMI prend position en faveur de règles budgétaires plus contracycliques qui soutiennent la constitution de matelas budgétaires en période de croissance, à mobiliser en cas de retournement de la conjoncture.

De plus, elle considère que la mise sur pied d’une capacité budgétaire pour la zone euro « est un élément important » à l’agenda de l’UEM. Elle ne va cependant pas jusqu’à faire des propositions quant à la gouvernance de ce futur instrument, alors que les ministres des Finances de la zone euro planchent encore sur la question (EUROPE 12275/1).

La BCE est le superviseur direct des principaux groupes bancaires au sein de l'union bancaire en zone euro. À ce titre, Mme Lagarde souhaite le parachèvement de cette union. Cela passe par un accord rapide permettant de rendre opérationnel le filet de sécurité (‘common backstop’) du Fonds de résolution unique (EUROPE 12280/1). De même, elle plaide pour la mise en place d’un Fonds européen de garantie des dépôts (EDIS) qui « mettrait la confiance des dépositaires au même niveau au sein de l'union monétaire, accroîtrait la stabilité financière et faciliterait l'intégration financière ».

L'institut monétaire est également un acteur incontournable en cas de sauvetage financier d'un pays de la zone euro. Ainsi, Mme Lagarde se prononce en faveur de l’accord de juin sur la réforme des statuts du Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de sauvetage permanent de la zone euro.

Il serait par ailleurs « important » d’intégrer le MES dans l’ordre juridique de l’UE, à l’instar de ce que préconise le Parlement européen (EUROPE 12214/8), estime Mme Lagarde. Mais le MES ne devrait pas être renommé Fonds monétaire européen, ses compétences n'étant pas celles d'un institut monétaire.

Supervision financière. Sur la supervision des acteurs financiers, la candidate à la présidence de la BCE accueille d'un bon œil l'alignement des exigences prudentielles de la BCE en matière de couverture contre les prêts bancaires qui deviendraient à l'avenir non performants sur la législation européenne récemment adoptée (EUROPE 12311/8).

Sur la question des risques provenant du secteur bancaire parallèle ('shadow banking'), Mme Lagarde appelle à la vigilance. « Nous devons renforcer nos efforts en vue de comprendre et de suivre l'évolution des risques émanant de l'industrie de la gestion d'actifs qui croît rapidement », a-t-elle notamment estimé, même si cette industrie est régulée dans l'UE. Cette industrie peut en effet amplifier une crise financière par sa nature potentiellement procyclique et les pénuries de liquidité qu'elle peut engendrer en cas de crise financière.

« Nous ne disposons pas de boîte à outils macro-prudentielle pour le secteur financier non bancaire. C'est une lacune qui doit être traitée », souligne-t-elle également. Et d'ajouter : « Si une entité ressemble à une banque et présente un risque équivalent à une banque, elle devrait être supervisée comme une banque. Cela vaut pour les firmes d'investissement et pour les sociétés fintech ». 

Finance durable. Autre grande priorité de la candidate à la présidence de la BCE : la finance durable.

« J'espère que le ‘Green Deal pour l'Europe’, annoncé par la présidente-élue de la Commission devant le Parlement européen, pourra changer la donne », écrit-elle.

Sur l’application aux programmes de rachats d’actifs de la BCE de la taxonomie de l’UE sur la finance durable, actuellement en cours de négociation (EUROPE 12281/9), Christine Lagarde se montre néanmoins prudente, soulignant que les actifs 'verts' constituent encore une catégorie d’actifs relativement limitée et que la taxonomie en est encore à ses prémices.

« Dès qu'une telle taxonomie aura été convenue, la BCE devra évaluer si et comment elle peut l'appliquer à son programme d’achat d’actifs », répond-elle.

Blanchiment d’argent. Un des domaines dans lesquels la candidate est attendue au tournant est sans aucun doute la lutte contre le blanchiment d’argent dans le système bancaire.

Sur le rôle de l’institution, elle rappelle que le Comité unique de supervision de la BCE n’est pas responsable de la lutte contre le blanchiment d’argent et que cette responsabilité incombe aux autorités nationales de surveillance, soulignant néanmoins que la BCE doit prendre très au sérieux les risques dans le cadre de sa mission de surveillance.

Au vu des récents scandales, Mme Lagarde estime qu’il faudrait peut-être envisager une « approche plus paneuropéenne », mais ne va pas jusqu’à préconiser la création d’un organe européen dédié à la lutte contre le blanchiment de capitaux (EUROPE 12312/8). Elle se contente de rappeler les options contenues dans la communication de la Commission de juillet pour une meilleure mise en œuvre des règles européennes en la matière (EUROPE 12303/2).

Monnaies virtuelles. L'ancienne ministre française des Finances estime que, jusqu’à présent, les monnaies virtuelles n’ont eu aucune incidence tangible sur la politique monétaire et la stabilité financière. Un tel constat pourrait néanmoins changer dans le futur et justifie donc, selon elle, que la BCE suive de près leur évolution.

Sur le projet très critiqué de cryptomonnaie stable Libra de Facebook (EUROPE 12316/9), Mme Lagarde reconnaît les avantages que ce type d’initiatives peut apporter en termes d'efficacité des paiements transfrontaliers. Mais elle souligne que son utilisation généralisée pourrait présenter des risques pour la politique monétaire et la stabilité financière.

Quant à un éventuel cadre règlementaire (EUROPE 12229/33), la candidate prône un « équilibre » entre la nécessité de veiller à ce que ces activités n'entraînent pas de risques pour la stabilité financière et celle de permettre l'innovation financière.

Mais « si l'activité est intrinsèquement la même et que le risque est le même, alors la réglementation devrait l'être également », précise-t-elle.

Voir les réponses écrites de Mme Lagarde : http://bit.ly/2ZoE0Xi  (Marion Fontana, Lucas Tripoteau et Mathieu Bion)

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