login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 12317
Sommaire Publication complète Par article 15 / 17
The B-word : la newsletter d’Agence Europe sur le Brexit / The b-word

« L’accord dont nous avons besoin »

Le Premier ministre britannique resserre le jeu dans le dossier du Brexit, espérant contrer l’opposition dans son pays et faire pression sur l’UE pour conclure « l’accord dont nous avons besoin ». Le contenu de cet accord reste toutefois obscur.

Le Brexit aura lieu le 31 octobre, « coûte que coûte », insiste Boris Johnson. Il a demandé à la Reine la permission de suspendre le Parlement durant quelques semaines avant le jour du Brexit (EUROPE 12315/2). Et, selon Buzzfeed News, son équipe est prête à tout pour contrer toute entrave juridique ou politique éventuelle, comme une motion de défiance envers son gouvernement.

« Je crains que plus nos amis et partenaires restent convaincus que le Brexit puisse être arrêté, que le Royaume-Uni puisse rester grâce au Parlement, moins ils sont susceptibles de nous donner l’accord dont nous avons besoin », a déclaré M. Johnson à Sky News, vendredi. « C’est en nous préparant, quoi qu’il en soit, à sortir, que nous avons considérablement renforcé notre position avec nos amis et partenaires dans l’UE, parce qu’ils voient que nous sommes sérieux ».

L’UE prend M. Johnson au sérieux. Bien qu’il ait maîtrisé son sujet lors du sommet du G7 à Biarritz la semaine dernière, suivant la ligne de l’UE sur l’Iran, le changement climatique et le commerce mondial (EUROPE 12313/10), les responsables européens se méfient de ses tactiques. Ainsi, alors que des sources du gouvernement britannique se félicitent que les négociations relatives au Brexit « s’intensifieront » la semaine prochaine, l’UE a déjà précisé qu’il n’y aurait pas beaucoup de sujets à aborder.

Jeudi, le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, a affirmé sur Twitter que l’UE « attend des solutions juridiquement opérationnelles de la part du Royaume-Uni et qui soient compatibles » avec le projet d’accord de retrait (EUROPE 12316/6). « Rien de crédible n’a été proposé par le gouvernement britannique », a déclaré le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney, à des journalistes, vendredi à Helsinki. « S’il existe des alternatives au filet de sécurité [relatif à la frontière irlandaise] qui remplissent les mêmes fonctions, eh bien, écoutons-les », a-t-il dit, ajoutant que la simple suppression de cette solution « ne fonctionnera pas ».

Les députés et la population prennent également M. Johnson au sérieux. Des manifestations ont eu lieu immédiatement après l’annonce de la suspension du Parlement et une pétition visant à inverser cette décision a recueilli plus de 1,6 million de signatures (vendredi après-midi). Les partis d’opposition britanniques se sont rencontrés cette semaine et envisagent toujours de déposer une motion afin d’étendre l’article 50 et d'empêcher un no deal. Il existe également trois défis juridiques à relever pour la suspension du Parlement, même si une décision préjudicielle émise par un juge écossais vendredi matin a été rendue en faveur du gouvernement.

N’y a-t-il donc plus d’espoir de parvenir à un accord ?

Le gouvernement « travaille à son rythme pour trouver différentes solutions flexibles et créatives », a déclaré un porte-parole de Downing Street. Une « commission des arrangements alternatifs » composée de députés, de pairs, d’universitaires et d’experts planche également sur ce dossier.

Jonathan Faull, l’ancien directeur général responsable des services financiers de la Commission européenne, accompagné des universitaires Joseph H.H. Weiler et Daniel Sarmiento, a proposé une solution que l’UE et le Royaume-Uni « ne peuvent pas refuser », selon lui (EUROPE 12314/5). Leur réponse consiste à permettre un régime douanier et réglementaire double en Irlande et au Royaume-Uni, inscrit dans la législation et susceptible de donner lieu à des poursuites en cas de violation devant les tribunaux de l’un ou l’autre pays. Les deux pays accueilleraient des « centres de commerce » ou « de normalisation » chargés de vérifier les marchandises en provenance de l’autre pays. En bref, le gouvernement britannique serait responsable des marchandises de qualité inférieure aux normes ou de contrebande qui entrent dans l’UE.

Mais le problème de fond reste le même : l’Irlande du Nord et l’Irlande se retrouvent entre l’UE, qui entend protéger son marché unique, et le Royaume-Uni, qui souhaite rivaliser avec ce dernier.

Prenons le casse-tête des règles relatives à l’origine : si le Royaume-Uni baisse, par exemple, ses droits de douane sur les importations de pièces détachées de voitures en provenance du reste du monde, il peut produire des voitures beaucoup moins chères que celles produites dans l’UE, s’octroyant ainsi un avantage concurrentiel. Un problème similaire s’applique au filet de sécurité de l’UE, qu’il couvre l’ensemble du Royaume-Uni ou ne soit limité qu’à l’Irlande du Nord (ou même à certains secteurs comme l’agroalimentaire) : il donne à l’UE le dernier mot sur les règles applicables en Irlande du Nord, ce qui, selon Boris Johnson, n’est pas compatible avec l’accord de paix du Vendredi saint de 1998.

Le Brexit a toujours été une question de choix difficiles, mais le temps est venu de les faire. D’une manière ou d’une autre, l’Irlande du Nord sera malheureusement une victime collatérale. (Version originale anglaise par Sarah Collins)

Sommaire

ACTION EXTÉRIEURE
SÉCURITÉ - DÉFENSE
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
POLITIQUES SECTORIELLES
BRÈVES
The B-word : la newsletter d’Agence Europe sur le Brexit
CALENDRIER
CALENDRIER BIS