C’est dans un contexte chahuté au Royaume-Uni que se sont déroulés, mercredi 28 août à Bruxelles, de nouveaux entretiens entre le négociateur britannique sur la sortie de l’Union européenne, David Frost, et la Commission européenne (’équipe 'article 50').
David Frost devait aussi rencontrer Clara Martinez, chef de cabinet de Jean-Claude Juncker. Et ces visites étaient censées porter le message de Boris Johnson selon lequel les négociations doivent être rouvertes avec l’UE sur l’accord de retrait pour y modifier le filet de sécurité ('backstop') pour l’Irlande.
Outre-Manche, cependant, c’est un « affront » au Parlement britannique et même un « scandale constitutionnel », comme l’a défini le leader de la Chambre, John Bercow, qui agitait la classe politique, mercredi : le Premier ministre, Boris Johnson, a en effet annoncé, dans une lettre à la Reine, que le Parlement britannique sera suspendu du 9 septembre au 14 octobre, soit deux semaines avant la date prévue du Brexit, le 31 octobre.
Une telle situation ne laisserait a priori aucun délai aux députés pour s’opposer à une sortie du Royaume-Uni de l'UE sans accord.
Cette démarche inattendue, acceptée par la Reine, est interprétée par certains comme une façon de priver le Parlement de débat sur le Brexit. « Il est évident que l'objectif [de la suspension du Parlement : NDLR] serait de les empêcher [les députés] de débattre du Brexit et d'accomplir leur devoir de tracer une trajectoire pour le pays », a ainsi réagi John Bercow.
Le Premier ministre a justifié cette demande par le fait que la période avant le Conseil européen sera cruciale pour négocier un accord avec l'UE et que le discours de la Reine du 14 octobre sera aussi l’occasion, pour le gouvernement, de présenter un nouveau départ politique avec un paquet ambitieux d’initiatives.
Il est « essentiel que le Parlement siège avant le Conseil européen (du 18 octobre) et si, comme je l’espère, un accord avec l’UE est imminent, le Parlement aura la possibilité d’adopter la loi sur l’accord de retrait nécessaire pour la ratification avant le 31 octobre », argumente encore Boris Johnson.
Au printemps, les députés britanniques avaient voté à de multiples reprises sur l’accord de retrait agréé par le gouvernement 'May', soucieux de ‘reprendre le contrôle’ sur la sortie du pays de l’UE. Incapables de donner une direction cohérente à leurs votes et travaux, ils avaient juste confirmé à plusieurs reprises qu’ils souhaitaient éviter un ‘no deal’.
L'annonce de M. Johnson a été très mal accueillie par l’opposition, notamment par le chef du Labour, Jeremy Corbyn. « Suspendre le Parlement, ce n'est pas acceptable. Ce que fait le Premier ministre, c'est un coup dur et une attaque contre notre démocratie pour imposer le no deal », a-t-il réagi.
À Londres, les observateurs évoquaient toutefois encore une possibilité pour le Parlement de renverser les choses fin octobre, notamment par un vote de défiance envers le gouvernement. Un tel vote précipiterait la tenue d'élections anticipées. D’autres estiment que la suspension prolongée du Parlement britannique pourrait aider M. Johnson à finaliser un accord avec l’UE en lui donnant plus de marge de manœuvre politique. (Solenn Paulic)