C’est l’heure du bilan pour la commissaire au Marché intérieur et à l’Industrie, Elżbieta Bieńkowska. Lors d’une réunion avec un petit groupe de journalistes, mercredi 11 septembre, la commissaire n’a pas rougi de son action politique durant ces 5 dernières années, mettant en avant les avancées « historiques » qu’elle a obtenues dans le domaine spatial et, en particulier, dans le domaine de la défense.
La commissaire est fière en particulier de son action en faveur de l’industrie dans le domaine de la défense, mentionnant le programme européen de développement industriel dans le domaine de la défense et surtout, l’élaboration du Fonds européen de la défense (EUROPE 12040/8). « Nous commencions de zéro », a-t-elle rappelé. « Et j’ai vu comment l’UE peut aller de l’avant si tout le monde est d’accord », s’est-elle félicitée, exprimant sa surprise devant l’unanimité parmi les États membres, y compris le Royaume-Uni, pourtant traditionnellement opposé à toute initiative européenne dans le domaine.
Certes, la commissaire a reconnu que les sommes engagées pour les 7 ans à venir (environ 13 milliards d’euros en prix courants) représentent encore peu par rapport à la valeur que génère le secteur européen de la défense. « Ce n’est peut-être pas suffisant, mais c’est une première étape et c’est vraiment une percée dans l’intégration européenne », a-t-elle souligné, insistant sur le fait que « cela n’a jamais été fait depuis 60 ans dans l’histoire de la construction européenne ».
La plus grande difficulté a été celle de recruter les profils nécessaires pour consolider les unités actuelles dans le domaine de la défense en vue d’une future direction générale, selon elle, les unités actuelles ne comptant pour l’heure qu’une petite cinquantaine d’individus. La Commission est « en sous-effectif », a admis la commissaire.
« Le ciel ne connait aucune limite »
Sur le volet spatial, la commissaire s'est félicitée du regroupement sous un même règlement des programmes Copernicus et Galileo, et surtout du budget dédié à la politique spatiale dans le prochain cadre financier pluriannuel : environ 16 milliards d’euros (EUROPE 12035/3). Un budget qui n’allait pas de soi, a confirmé la commissaire, répondant à EUROPE, et qui a suscité des « discussions », selon elle, notamment avec la DG Budget.
Mme Bieńkowska a mis l’accent sur la nécessité de faire émerger un ‘New Space’ européen, un secteur privé à l’image de l'américain. Selon la commissaire, il s’agit, à l’heure actuelle, du secteur qui croît le plus vite au sein de l’économie européenne. Quant aux interrogations que suscitent, au sein de l'industrie européenne, certains partenariats avec des entreprises américaines, la commissaire répond qu’il est nécessaire de trouver un « juste équilibre » entre autonomie stratégique et interaction avec les alliés. « Il ne faut pas construire des murs entre nous et le reste du monde ».
Elle a également abordé la question de la gouvernance entre la Commission européenne et l’Agence spatiale européenne. « C’est un sujet complexe », a-t-elle confié, avant de rappeler qu’il fallait prendre en compte le changement de situation depuis le traité de Lisbonne. « La Commission a maintenant des compétences pour l’Espace ». Et d’enfoncer le clou : « Nous ne pouvons pas vivre sans l'Agence spatiale européenne et l'Agence spatiale européenne ne peut pas vivre sans nous. Parce que nous sommes le plus gros client ». Pour la commissaire, des changements seront à apporter à l’avenir dans la gouvernance, notamment à la lumière des récents incidents qui ont touché Galileo (EUROPE 12302/10).
Les règles de concurrence ne sont pas une « bible »
Ainsi, la commissaire n’a pu que se féliciter des missions attribuées à Sylvie Goulard, qui lui succédera à ce poste et qui aura un portefeuille bien plus large que le sien, mais qui s'inscrit dans la continuité de son action politique. Elle a assuré que la Commission européenne était prête. « Durant les deux dernières années, nous préparons la séparation de la DG GROW (la Direction générale du marché intérieur, de l’industrie, de l’entrepreneuriat et des PME) pour créer une DG sur l’industrie de la Défense et l’Espace » a-t-elle répondu à EUROPE.
Elle a en outre salué l’intégration de DG Connect, dédié aux questions numériques au sein du portefeuille de Mme Goulard. « On ne peut faire la distinction entre un marché unique ‘vieille école’ et un marché unique numérique », a-t-elle argué.
Se tournant vers l’avenir et abordant la future stratégie industrielle, qui devrait être présentée dans les 6 semaines à venir, la commissaire s’est attardée sur la question des règles de concurrence. « S’il faut des discussions sur la politique de concurrence ? Bien sûr ! Au moins des discussions doivent avoir lieu. (Cette politique) ne doit pas être traitée comme une bible, comme un document qui ne peut être changé ».
Cette dernière remarque devrait plaire à l’Allemagne et à la France, après la mise en échec par l'institution du projet d'acquisition d’Alstom par Siemens (EUROPE 12188/1). (Pascal Hansens)