La Cour des comptes a mis en garde, dans un document d’analyse publié jeudi 12 septembre, contre un déséquilibre entre les ambitions de l’UE en matière de défense et la réalité.
« Si des facteurs cruciaux pour la réussite et des objectifs clairs viennent à manquer, les initiatives actuelles de l'UE dans le domaine de la défense risquent de rester lettre morte et de n'aboutir à aucun résultat », a prévenu Juhan Parts, membre de la Cour des comptes responsable du document d'analyse, dans un communiqué.
Selon les auditeurs, l'impact des nouvelles initiatives de l'UE et de la hausse rapide des dépenses qui les accompagne est conditionné à l'existence d'un processus de planification efficace au niveau de l'UE, la participation des États membres, l'incidence sur les besoins capacitaires réels et le cadre en matière de gouvernance et d'obligation de rendre compte. Des facteurs qui ne sont pas encore réunis aujourd’hui, dénoncent les auditeurs.
De plus, selon eux, il existe un risque que des systèmes de contrôle appropriés ne soient pas en place pour supporter une hausse de budget consacré à la défense et à la sécurité extérieure de 2,8 milliards d'euros pour 2014-2020 à 22,5 milliards d'euros pour 2021-2027.
La Cour des comptes rappelle aussi que la défense est un domaine intrinsèquement lié à la souveraineté nationale, avec des différences stratégiques manifestes entre États membres, lesquels n'ont pas nécessairement la même perception des menaces sécuritaires, ni une vision commune du rôle de l'Union en matière de défense et qui ont des règles d’engagement nationales différentes. Dans un tel contexte, certains concepts tels que ceux d'« autonomie stratégique » ou d'« armée européenne » restent vastes et flous.
Il existe également un fossé « évident » entre ce que les États membres sont censés faire en termes de capacités de défense et ce qu'ils peuvent décider et réaliser dans les faits. Le sous-investissement et les coupes opérées ces dernières années dans les budgets nationaux ont affaibli les capacités militaires de l'UE, avec de nombreux doubles emplois et une importante fragmentation. L'absence de normes techniques communes, qui nuit à l'interopérabilité des différentes forces armées en Europe, vient encore alourdir ce bilan, ajoutent les auditeurs.
« Dans l'ensemble, les capacités militaires actuelles des États membres ne correspondent pas au niveau d'ambition militaire de l'UE et plusieurs centaines de milliards d'euros seraient nécessaires pour combler le déficit capacitaire de l'Europe, si elle devait se défendre sans aide extérieure », préviennent-ils, ajoutant que la situation allait empirer avec le Brexit.
Enfin, la Cour des comptes insiste sur la nécessité de garantir la cohérence des initiatives de l'UE et les synergies avec d'autres cadres de défense et de sécurité, en particulier l’OTAN. Ainsi, la capacité de l’UE à fonctionner en complémentarité avec l’Alliance, et donc à éviter les doubles emplois et les chevauchements de fonctions, constitue un point critique, selon les auditeurs.
Voir le document d’analyse : http://bit.ly/2lNNV5 (Camille-Cerise Gessant)