La Commission européenne encourage tous les États membres à appliquer des mesures communautaires, telles que la distanciation physique, peu importe leur situation particulière. C'est ce qui ressort de sa première réunion avec le conseil scientifique consultatif, tenue mercredi 18 mars (EUROPE 12448/2).
Deux documents ont été publiés. Le premier, qui porte sur les mesures communautaires, a été discuté par les États membres lors de la 2e visioconférence conjointe des ministres européens de la Santé et des Affaires intérieures, mercredi. Le deuxième, qui porte sur le dépistage, a été discuté lors de la visioconférence des ministres de la Santé, jeudi 19 mars.
Ces recommandations représentent un premier exercice de coordination politique qui complète les orientations du centre européen de prévention et de gestion des maladies (ECDC), jusqu'ici relativement peu suivies.
Application de « mesures communautaires »
Sur le premier volet, la Commission recommande clairement aux États membres d'« introduire immédiatement des mesures communautaires, quelle que soit leur situation nationale ». Le document n'explicite pas ces mesures, même s'il cite en exemple la « distanciation physique » ('social distancing') imposée dans de nombreux États membres.
Pour la Commission, les mesures communautaires représentent l'un des moyens les plus efficaces pour freiner la propagation du virus. Le document précise que la fin des mesures communautaires devrait être une décision coordonnée des États membres de l'UE et que leur durée devrait être réévaluée régulièrement en fonction de la situation épidémiologique.
La Commission reconnaît aussi que la « mise en quarantaine » peut également être considérée comme efficace en cas de foyers localisés, à la lumière d'une analyse coûts/bénéfices. Elle recommande également la fermeture des écoles (à moins que des circonstances spécifiques le justifient), des universités et des instituts de recherche.
Lors de la visioconférence du 18 mars, au cours de laquelle ces recommandations ont été présentées, la Suède et les Pays-Bas, qui se refusent pour l'instant à prendre des mesures draconiennes, ont souligné l'importance de prendre en compte la situation spécifique de chaque pays. L'Allemagne, qui a jusqu'ici fermé la plupart des espaces publics et privés, aurait insisté pour que ces mesures communautaires soient davantage étudiées.
À noter que, lors de sa conférence de presse quotidienne, le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a reconnu que des mesures de distanciation pouvaient aider à faire face au virus. « Mais pour supprimer et contrôler les épidémies, les pays doivent isoler, tester, traiter et retracer. Si ce n'est pas le cas, les chaînes de transmission peuvent continuer à un faible niveau, puis réapparaître une fois que les mesures de distance physiques sont levées ».
Voir le rapport : http://bit.ly/2Up8brM
Priorisation des tests
Le second document de la Commission concerne les stratégies de détection, dans un contexte de très forte demande de kits de détection. Il recommande de suivre une hiérarchisation précise, en donnant la priorité aux patients hospitalisés atteints d'infections respiratoires aiguës sévères afin d'orienter la gestion clinique, y compris via l'isolement.
Viennent ensuite les infections respiratoires aiguës dans les hôpitaux ou les établissements de soins de longue durée et le personnel de santé présentant des symptômes même légers, ceux dans des hôpitaux sentinelles et les personnes âgées souffrant de problèmes de santé chroniques sous-jacents. Si l'épidémie est locale et si les ressources le permettent, le document recommande le dépistage de tous les patients atteints d'une infection respiratoire.
Sur la question des cliniques mobiles ('labo-drive'), il est trop tôt pour se prononcer, estime la Commission. Mais ce type d'équipement pourrait être « bénéfique, pratique et rapide ».
Voir le rapport : http://bit.ly/2UiR8rA
Jeudi, les ministres européens de la Santé ont décidé de se reparler le 23 mars. Est toutefois posée la question du niveau politique impliqué lors de ces échanges, certains ministres estimant le rythme actuel difficilement tenable. (Sophie Petitjean)