Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a précisé, jeudi 22 juillet, l’évolution de sa politique monétaire après avoir dévoilé sa nouvelle stratégie, qui prévoit un objectif d’inflation symétrique fixé à 2% (EUROPE 12758/1).
Notamment, il a revu ses indications sur la trajectoire future des taux d’intérêt ('forward guidance') afin de souligner son engagement à maintenir une orientation durablement accommodante de sa politique monétaire en vue d’atteindre son objectif d’inflation.
Dans son communiqué, la BCE prévoit ainsi que ses taux d’intérêt directeurs resteront à leurs niveaux actuels, ou à des niveaux plus bas, jusqu’à ce que trois conditions cumulatives soient vérifiées : – l’inflation devra atteindre 2% bien avant la fin de son horizon de projection (actuellement 2021-2022-2023) ; - cette tendance devra être durable sur le reste de son horizon de projection ; - les progrès de l’inflation sous-jacente devront être suffisants pour être compatibles avec une stabilisation de l’inflation à 2% à moyen terme.
Cela peut également donner lieu à une période transitoire pendant laquelle l’inflation sera légèrement supérieure à l’objectif, a-t-elle indiqué.
Mme Lagarde a reconnu que cette trajectoire future des taux d’intérêts décrite jeudi ne faisait pas l’unanimité au sein du Conseil des gouverneurs, contrairement à l’adoption de sa nouvelle stratégie et à la nécessité de revoir la 'forward guidance' à l’aune de cette stratégie.
« C’est ce à quoi je m’attendais », a-t-elle néanmoins considéré. Elle a fait valoir « l’écrasante majorité » des banquiers centraux nationaux et du Directoire de la BCE en faveur de la trajectoire future des taux et elle a accordé plus d’importance à « la chaîne des événements ».
Sur la première condition (inflation à 2% bien avant la fin de l’horizon de la projection), l’ancienne directrice du FMI a indiqué que l’échéance retenue serait à mi-parcours de l’horizon de la projection, soit mi-2022 pour l’horizon actuel. Sur la seconde condition, elle a indiqué que pour être durable, l’inflation projetée ne devrait pas retomber en-dessous de 2% sur la deuxième partie de l’horizon de la projection, soit la période allant de mi-2022 à 2023 pour l’horizon actuel.
La BCE introduit ainsi « un élément de patience dont l’objectif est d’éviter un resserrement prématuré de la politique monétaire », a commenté sa présidente.
L’incertitude née du variant Delta
Sur la situation économique en zone euro, l’institut monétaire a fait état d’une reprise forte, surtout dans le secteur des services, à la faveur de la vaccination et de la levée progressive des restrictions sanitaires.
Mais la propagation rapide du variant Delta du virus responsable de la Covid-19 constitue « une source croissance d’incertitude », a indiqué Mme Lagarde. Et, si l’activité économique globale devrait retrouver son niveau d’avant-pandémie au premier trimestre 2022, il faudra encore du temps avant que les cicatrices de la pandémie se résorbent, a-t-elle jugé, faisant valoir que le niveau d’emploi actuel était encore inférieur de 3,3 millions de personnes par rapport à 2019.
La BCE est ainsi d’avis que les risques sur l’économie de la zone euro sont globalement équilibrés.
Considérant que les conditions de financement de l’économie n’ont pas évolué depuis sa dernière réunion de politique monétaire (EUROPE 12738/24), l’institut monétaire continue de prévoir que les achats au titre du Programme d’achats d’urgence face à la pandémie (PEPP) se poursuivront à un rythme nettement plus élevé pendant le trimestre en cours qu’au premier trimestre 2021.
Jeudi, Mme Lagarde a assuré que le Conseil des gouverneurs n’avait pas discuté d’une révision à la baisse du rythme d’achats de titres surtout publics via l’opération PEPP.
Doté d’une enveloppe totale de 1 850 milliards d’euros, le programme PEPP courra au moins jusqu’à fin mars 2022 et, dans tous les cas, jusqu’à ce que la BCE juge que la crise du coronavirus est terminée. Cette analyse sera notamment basée sur les commentaires d’experts et les chiffres de l’emploi, de la production industrielle et du commerce.
Voir les décisions de politique monétaire : https://bit.ly/3iEUktw (Mathieu Bion)