Malgré un rééquilibrage des risques pesant sur l'économie de la zone euro et une forte remontée de l'inflation, le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a décidé, jeudi 10 juin, de ne rien changer à la politique monétaire très accommodante qu'il poursuit depuis le déclenchement de la pandémie de Covid-19.
« Maintenir des conditions de financement favorables tout au long de la période de pandémie demeure essentiel pour réduire l'incertitude et renforcer la confiance », a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde. Selon elle, un léger resserrement des conditions de financement a déjà été observé « en Allemagne et aux Pays-Bas » en matière de financement des entreprises.
Mme Lagarde a fait état d'un rebond de l'activité économique, surtout dans le secteur des services, à la faveur des campagnes de vaccination et de la levée progressive des mesures sanitaires. La BCE s'attend désormais à une accélération de l'activité au deuxième semestre grâce à une consommation soutenue et la poursuite de mesures budgétaires davantage ciblées sur les secteurs en difficulté.
L'institut monétaire a révisé à la hausse ses prévisions de croissance du PIB de la zone euro qui pourrait atteindre 4,6% en 2021 et 4,7% en 2022. Pour 2023, la prévision reste inchangée à 2,1%.
Néanmoins, des incertitudes liées à l'évolution de la pandémie demeurent et les « cicatrices » laissées par la crise économique, notamment en termes d'emploi, prendront du temps avant d'être guéries. À ce titre, le Plan de relance européen Next Generation EU sera très utile pour accompagner les travailleurs affectés par les pandémies et les aider à tirer profit des transitions écologique et numérique de l'économie, a estimé l'ancienne directrice du FMI.
Concernant la hausse des prix, la trajectoire est clairement repartie à la hausse en début d'année, l'inflation étant passée de 1,3% en mars à 2,0% en mai. D'après la BCE, cette hausse se poursuivra à court terme avant que l'inflation ne diminue en fin d'année au fur et à mesure que les facteurs temporaires de hausse des prix (coûts de l'énergie, mesures fiscales nationales) s'estomperont.
D'après la BCE, l'inflation devrait donc s'établir à hauteur de 1,9% en 2021, 1,5% en 2022 et 1,4% en 2023. Là encore, les prévisions ont été revues à la hausse pour cette année et l'année prochaine, mais restent inchangées pour l'année suivante.
« Quelque chose est en train de changer : l'inflation sous-jacente remonte légèrement. Mais nous sommes loin de notre objectif ultime », a constaté Mme Lagarde. Hors prix de l'énergie et des denrées alimentaires, l'inflation sous-jacente devrait en effet augmenter progressivement à 1,1% en 2021, à 1,3% en 2022 et à 1,4% en 2023.
Maintien du rythme soutenu d'achat de titres souverains
Bien que l'analyse de la situation économique soit plus favorable, le Conseil des gouverneurs a réaffirmé qu'au cours du trimestre à venir, les achats de titres surtout publics effectués dans le cadre de l'opération 'PEPP' initiée au déclenchement de la pandémie continueront « à un rythme nettement supérieur que lors des premiers mois de l'année ».
Mais Mme Lagarde a coupé court à toute attente des acteurs de marché relative à un ralentissement de l'opération PEPP. Toute discussion relative à une stratégie de sortie de l'opération est « prématurée et inutile », a-t-elle indiqué. Elle a précisé que tous les gouverneurs soutenaient la déclaration publiée à l'issue de la réunion, tout en admettant que « certaines divergences de vues » sur la question du rythme des achats avaient été exprimées.
À noter que la BCE espère dévoiler, au deuxième semestre, les résultats de le revue stratégique de sa politique monétaire, revue retardée en raison de la pandémie. (Mathieu Bion)