Le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé, jeudi 27 octobre, d’augmenter les trois taux directeurs de l'institut monétaire de 75 points de base. Après ce troisième relèvement consécutif des taux, il estime avoir « retiré une part substantielle du caractère accommodant de l’orientation de la politique monétaire » tout en prévenant qu'« il reste du chemin à parcourir » avant d'atteindre le taux d'intérêt permettant à l'institut monétaire de se conformer à sa mission de garantir la stabilité des prix à un niveau de 2% à moyen terme.
Dès lors, à compter du 2 novembre, les taux d’intérêt de la BCE seront les suivants : 2,00% pour les opérations principales de refinancement, 2,25% pour la facilité de prêt marginal et 1,50% pour la facilité de dépôt.
Rendant compte des décisions prises, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, n'a pas écarté la possibilité que plusieurs augmentations de taux interviennent à l'avenir, mais elle s'est refusée à dire combien d'augmentations seront encore nécessaires et si ces augmentations seraient moins fortes que celle décidée jeudi.
« La destination est claire » et la trajectoire exacte sera déterminée « réunion par réunion » et basée sur des données actualisées, a-t-elle indiqué, soulignant le caractère désormais obsolète des indications sur l’orientation future de la politique monétaire en matière de taux ('forward guidance').
Elle a toutefois admis qu'à un moment donné, le Conseil des gouverneurs devra identifier le taux directeur qui permettra à la BCE de respecter l'objectif d'une inflation à hauteur de 2% à moyen terme. Parmi les facteurs qui seront pris en compte figurent : l'évolution des perspectives d’inflation et économiques, les mesures déjà prises depuis juillet ainsi que le délai entre les décisions de politique monétaire et les effets qu'elles produisent sur l'économie.
Cette troisième hausse des taux directeurs - après septembre (EUROPE 13017/13) et juillet (EUROPE 12998/13) - est justifiée par une inflation au niveau de l'Eurozone qui bat record après record, atteignant 9,9% en septembre.
Certes, la hausse des prix est surtout alimentée par la flambée des prix énergétiques provoquée par l'agression militaire russe de l'Ukraine et par les prix des denrées alimentaires. Mais « les pressions sur les prix sont manifestes dans des secteurs toujours plus nombreux », a noté Mme Lagarde, faisant état de risques prédominants à la hausse. Selon elle, « la politique monétaire du Conseil des gouverneurs vise à réduire le soutien à la demande et à éviter le risque d’un glissement à la hausse persistant des anticipations d’inflation ».
L'ancienne directrice du FMI a dépeint une activité économique en berne dans la zone euro, qui « devrait avoir ralenti considérablement au troisième trimestre » et accuser « un affaiblissement supplémentaire » fin 2022 jusqu’au début 2023. En cause, l'incertitude liée à la guerre en Ukraine, les perturbations dans l'approvisionnement énergétique, les pressions inflationnistes persistantes, la hausse des conditions de financement et la confiance des opérateurs économiques qui se détériore.
Néanmoins, Mme Lagarde a estimé que le scénario adverse d'une récession à hauteur de 0,9% du PIB, envisagé en septembre par les services de la BCE, ne s'était pas encore matérialisé, notamment parce que la Russie continue de livrer du gaz à l'Europe et que les prix de certaines matières premières avaient diminué.
Voir les décisions de politique monétaire de la BCE : https://aeur.eu/f/3tl
TLTRO III. Jeudi, la BCE a décidé de modifier les conditions applicables à la troisième série d’opérations ciblées de refinancement à plus long terme ('TLTRO III'). À compter du 23 novembre prochain, les taux d'intérêt applicables seront recalibrés afin de les ajuster à la normalisation de la politique monétaire.
Par ce biais, nous diminuerons la taille de notre bilan, a dit Mme Lagarde, sans nier l'impact négatif d'une telle mesure sur les prêts bancaires aux opérateurs économiques. Elle a d'ailleurs indiqué que, lors de sa réunion du 15 décembre, le Conseil des gouverneurs fixera « les principes clés » d'une réduction du bilan de l'institut monétaire, qu'elle a aussi appelée réduction du portefeuille de titres détenus via l'opération 'APP'.
Enfin, la BCE a décidé de fixer la rémunération des réserves obligatoires au taux de sa facilité de dépôt pour s'aligner aux conditions de financement sur les marchés.
Plus d'informations sur l'opération 'TLTRO III' : https://aeur.eu/f/3tn (Mathieu Bion)