Dans le cadre de la Semaine de l’égalité de genre (EUROPE 13049/15) les commissions des libertés civiles (LIBE) et de l’environnement (ENVI) du Parlement européen on joint leurs forces, jeudi 27 octobre. En présence d’experts et de représentants de la société civile, ils ont discuté de la « dépathologisation » des personnes transgenres et non binaires, soit le fait de supprimer toute exigence médicale pour l’accès à la reconnaissance légale du genre, ainsi que les manières de favoriser leur accès aux soins de santé.
Décorréler la reconnaissance du genre de toute exigence médicale
Richard Kohler, directeur de plaidoyer chez Transgender Europe, a souligné que, sur 25 États membres permettant une reconnaissance juridique du genre, 16 d’entre eux exigent des personnes transgenres qu’elles passent d’abord par un diagnostic de santé mentale, et quatre les obligent à subir une stérilisation.
« Les identités transgenres ne sont pas des troubles de santé mentale, et les classer comme tels peut provoquer une énorme stigmatisation », a plaidé à son tour Iva Žegura, s’exprimant au nom de l’Association professionnelle européenne pour la santé des personnes transgenres (EPATH).
Pour Silvan Agius, membre du cabinet de la commissaire européenne à l’Égalité, Helena Dalli, il est « essentiel que les soins médicaux et la reconnaissance légale du genre soient entièrement découplés ». En d'autres termes, il faut non seulement que « tout ce qui relève des soins médicaux d'une personne ne soit pas influencé par le fait que l'État a reconnu, ou non, son genre », mais aussi que « la reconnaissance légale du genre ne nécessite aucune intervention médicale [...] ni psychologique ni physique. » Il a toutefois rappelé qu'en matière de santé, les États membres sont compétents et que la Commission européenne ne peut que tenir un rôle de coordination et de soutien.
Pour des soins de santé tenant compte des identités de genre
Iva Žegura a également souligné la nécessité d’avoir des soins de santé qui tiennent compte de l’identité de genre des patients et qui soient sensibles aux réalités spécifiques des communautés transgenres et non binaires. Elle a notamment plaidé pour que ces questions soient introduites dans les programmes d’études en médecine et en psychologie.
Par ailleurs, elle a souligné la nécessité que ces soins soient couverts par les assurances maladies et soient accessibles. En effet, au-delà de l’accessibilité financière, les personnes concernées doivent affronter des listes d’attente - allant jusqu’à 7 ou 10 ans dans des pays comme l’Irlande - pour obtenir un premier rendez-vous chez un professionnel formé à leur situation spécifique.
« 43% des pays sont classés comme fournissant un niveau très faible de soins de santé trans-spécifiques », a déploré Richard Kohler, faisant référence à une étude sur les soins de santé pour les personnes transgenres dans l’UE qui sera publiée lundi 31 octobre par Transgender Europe.
Enfin, les différents intervenants ont plaidé pour des suivis médicaux et psychologiques adaptés à destination des enfants et adolescents transgenres. (Hélène Seynaeve)