Mark MacGann, le lanceur d’alerte des 'Uber files', ayant révélé en juillet les pratiques de lobbying agressif d'Uber - la plateforme de chauffeurs VTC - auprès des pouvoirs publics, a demandé aux membres de la commission 'Emploi et Affaires sociales' du PE (EMPL), mardi 25 octobre, de tout faire pour maintenir une directive « ambitieuse » sur les conditions des travailleurs des plateformes numériques (EUROPE 12991/24, 13042/16).
Cet ancien directeur des politiques publiques d’Uber a aussi dénoncé l’influence « disproportionnée » de la plateforme dans les politiques européennes, à l’occasion d’une audition de la commission sur les révélations des 'Uber files'.
L’ancien lobbyiste, qui a démarché lui aussi pendant de longues années les gouvernements pour qu’ils libéralisent leurs législations et fassent de la place à cette nouvelle économie, s’exprimait aux côtés du commissaire européen aux Affaires sociales, Nicolas Schmit, et de la directrice des Affaires européennes d’Uber, Zuzana Púčikov. Le représentant des travailleurs d’Uber, Brahim Ben Ali, est venu décrire les conditions de travail des chauffeurs Uber, évoquant notamment la difficulté de récupérer ses données personnelles après des fermetures de comptes abruptes décrétées par la plateforme.
Le commissaire européen s’est en tout cas défendu d’avoir reçu, lors de la rédaction de la directive sur les travailleurs des plateformes, plus d’entreprises que de représentants de travailleurs. Il a gardé une approche équilibrée, a-t-il expliqué, ayant été en contact « avec 28 plateformes et 24 organisations de travailleurs ».
Il est normal de parler à toutes les parties, a aussi défendu le commissaire, qui a insisté sur le fait que la proposition sur la table défend une plus forte protection sociale des travailleurs du secteur tout en préservant les conditions de développement des plateformes.
Mais Nicolas Schmit n’a pas pu non plus s’empêcher d’exprimer ses craintes quant à la direction que prennent actuellement les discussions au sein du Conseil de l’UE. « Notre proposition s’appuie sur le principe de la présomption (légale de salariat) ; si on atténue cet élément crucial, la directive risque de perdre son impact », a-t-il mis en garde, faisant référence aux discussions du Conseil de l’UE qui visent justement à atténuer ce principe.
La Présidence tchèque du Conseil de l’UE a en effet soumis des propositions de compromis durcissant les conditions de déclenchement de la présomption, un travailleur devant désormais cocher davantage de critères pour prouver qu’il est bien un salarié et non un indépendant déguisé.
« J’espère que le PE sera à la hauteur et maintiendra ce principe de présomption », a ajouté le commissaire.
Pour Zuzana Púčiková, ce débat sur Uber est un peu dépassé, la plateforme de VTC ayant « changé ». « Vous savez tous qu’Uber a fait des erreurs au début, mais on a communiqué et Uber a changé depuis la fin 2017, c’est cet Uber que je connais », a-t-elle plaidé, assurant que l’entreprise a des « valeurs fortes », soutient « les Ukrainiens » et se « préoccupe de ceux qui travaillent pour nous ».
De son côté, Mark MacGann a insisté sur le fait que le modèle social européen est précisément l’ennemi d’Uber. « Nous avons armé les conducteurs et les consommateurs » pour imposer les services d'Uber « même s'ils contrevenaient aux lois locales et nationales en vigueur ».
Uber aurait même fait modifier des statistiques pour faire croire à des revenus s’approchant du salaire minimum. La plateforme, a-t-il encore asséné, refusait le moindre droit à ses travailleurs en raison du « maître-mot qu’est la flexibilité ». Et le lanceur d’alerte en est convaincu : la présomption de salariat permettrait de rétablir un équilibre entre « les faibles et les forts ». (Solenn Paulic)