« Le ministre grec aux Migrations, Notis Mitarachi, et moi même avons eu une bonne et franche discussion sur la situation migratoire en Grèce », a déclaré la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, mercredi 9 juin. Elle a cité les camps d’accueil des migrants dans les îles grecques et le respect des droits fondamentaux aux frontières extérieures de l'UE ainsi que l’état d’avancement du Pacte 'Asile et migration'.
Il a aussi été question de la lettre de six États membres sur le phénomène des réfugiés en Grèce se rendant sur leur territoire en vertu du droit à la libre circulation et y déposant une nouvelle demande d’asile (EUROPE 12736/10).
Mme Johansson a voulu notamment s’assurer auprès de son homologue que les conditions de vie des migrants l’hiver prochain seront dignes.
M. Mitarachi a confirmé que de nouvelles infrastructures étaient en cours de création. Un nouveau centre, qui remplacera celui de Moria détruit l’an dernier, sera normalement bientôt opérationnel (EUROPE 12615/7).
Sur la question des mouvements secondaires des réfugiés de Grèce, la commissaire a souhaité des « dialogues bilatéraux » entre les pays concernés et Athènes. Elle a dit qu'elle ne pouvait « pas changer » une situation où des migrants ayant d'abord déposé une demande d'asile en Grèce circulent librement dans l’UE pendant 90 jours et bénéficient ensuite de décisions favorables de la justice d'un deuxième pays d'accueil empêchant leur renvoi en Grèce.
Vraie percée sur le Pacte
Les deux responsables sont aussi revenus sur l’annonce, la veille, selon laquelle cinq pays du Sud de l’UE lèveraient leur blocage sur la proposition de règlement créant l’Agence européenne d’asile. Sur la table depuis 2016 (EUROPE 12736/10), cette proposition législative doit aider les États membres sur le terrain dans le traitement des demandes d'asile et harmoniser un peu les décisions.
Dans une lettre, ces pays - la Grèce, Chypre, l'Espagne, l'Italie, Malte - se disent prêts à adopter les parties opérationnelles et techniques de ce règlement en signe de bonne volonté. Ils attendent désormais des gestes similaires de la part des autres pays membres sur le Pacte sur la question de la responsabilité aux frontières extérieures, notamment.
Les cinq pays méditerranéens demandent cependant que plusieurs articles de ce règlement (13, 14 et 22) n’entrent en vigueur qu’une fois un accord global trouvé sur le Pacte. Ces articles concernent notamment le mécanisme de suivi et d’évaluation et les pressions disproportionnées. Ces pays ont le sentiment que ces trois articles, plus politiques, sont étroitement liés à la question transversale du juste partage des responsabilités, qui n’est pas tranchée.
« Nous voulions montrer que l’on peut aussi faire un pas pour avoir un nouveau Pacte viable et juste », mais il est clair « que les États membres devront avoir ce débat sur les frontières extérieures et faire des compromis », a dit M. Mitarachi.
Cette main tendue a été bien perçue à la Commission, qui y voit une vraie percée. Un diplomate a toutefois indiqué que cela restait à concrétiser et que la logique des équilibres entre les différents textes du Pacte pourrait continuer à compliquer les choses.
Lien vers la lettre des cinq pays méditerranéens : https://bit.ly/3zor6qC
Si le sujet n’a pas été abordé pendant leur discussion, Mme Johansson a réagi, lors d’un point presse, à l’utilisation de canons sonores par les garde-côtes grecs pour faire fuir les migrants, qualifiant cette pratique de « bizarre ». Elle a insisté sur le fait que ces canons sonores ne sont pas financés par l’UE.
Vers l'adoption de conclusions au Sommet européen
À la demande de l’Italie, les dirigeants européens débattront, jeudi 24 juin, de la politique migratoire de l'UE et adopteront des conclusions.
Selon un premier projet, daté du 7 juin et vu par EUROPE, les Vingt-sept appelleront à « rester vigilants et à soutenir durablement les efforts des États membres sur tous les aspects de la gestion des migrations », même si « les flux globaux restent faibles ».
« Afin d'éviter les pertes de vies humaines en Méditerranée et de réduire la pression sur les frontières européennes, une coopération mutuellement bénéfique avec les pays tiers d'origine et de transit sera intensifiée », dit le projet. À cet effet, le Conseil européen devrait inviter « la Commission et le Haut Représentant, en coopération avec les États membres, à proposer des actions concrètes pour des pays prioritaires », avec des objectifs, des mesures et des délais précis.
Lien vers le projet de conclusions du Conseil européen : https://bit.ly/3v6aWPd (Solenn Paulic)