Selon une étude de la fondation allemande Bertelsmann Stiftung publiée lundi 29 mai, l'UE et l'Inde auraient beaucoup à gagner d'un accord de libre-échange bilatéral, même si certains secteurs y perdraient. En outre, cet accord serait pour l'UE un pas stratégique pour conquérir le marché asiatique.
L'UE, qui cherche à s'orienter davantage vers l'Asie, compte tenu de l'incertitude croissante dans ses relations avec les États-Unis, et l'Inde, nain du commerce mondial, malgré la taille de son économie et son dynamisme (elle représente seulement 1,6% des exportations mondiales de marchandises), pourraient nettement bénéficier d'un accord de libre-échange en termes de gains de PIB.
En 2016, leurs échanges bilatéraux de marchandises ont atteint 77 milliards €. L'Inde est le neuvième partenaire commercial de l'UE, qui est en revanche son premier partenaire commercial.
Selon l'étude, un grand potentiel réside dans la levée des barrières tarifaires et non tarifaires entre les deux partenaires : cela permettrait d'obtenir des « gains sociaux considérables » qui pourraient être pleinement ressentis entre 10 à 12 ans après l'entrée en vigueur de l'accord.
Cet accord permettrait à l'Inde de gagner 1,3% de PIB par an, soit une hausse de 25,6 milliards d'euros sur la base du PIB de 2015. Pour l'UE, cet accord permettrait un gain de PIB de 0,14% par an en moyenne. Sur la base du PIB de l'UE en 2015, cela représente une hausse de 21 milliards €.
Les pays de l'UE en bénéficieraient à des niveaux différents : l'Allemagne, premier partenaire commercial de l'Inde au sein du bloc européen, serait le principal gagnant, avec un gain de 4,6 milliards € par an, devant le Royaume-Uni (+4,8 milliards € par an) ; en revanche, pour la Croatie, le gain de PIB annuel serait seulement de 0,02 milliard €. Mais aucun pays de l'UE ne souffrirait d'effets négatifs.
Au plan sectoriel, les secteurs allemands de l'automobile et des machines et des équipements seraient les plus grands bénéficiaires d'un accord, avec des hausses de valeur ajoutée respectivement de 1,5 milliard € et de 1,4 milliard €. En revanche, les secteurs allemands des services aux entreprises, de l'habillement et des textiles seraient les plus grands perdants, voyant leur valeur ajoutée enregistrer des pertes de 511 millions d'euros, 388 millions d'euros et 341 millions d'euros respectivement.
Du côté indien, les secteurs indiens des services aux entreprises et des textiles seraient parmi les gagnants de l'accord, en voyant croître leur valeur ajoutée respectivement de 6 milliards € et 3 milliards €. Les secteurs indiens de l'automobile et des minerais seraient les principaux perdants, avec des pertes de valeur ajoutée 1,5 milliard € et de 1,1 milliard € respectivement.
Au-delà des gains de PIB, un accord de libre-échange avec l'Inde serait une étape stratégique pour l'UE dans sa conquête de l'Asie, car il constituerait un signal important en faveur du libre-échange en général et une étape stratégique importante pour améliorer l'accès au marché pour les entreprises européennes sur les marchés dynamiques d'Asie, explique l'auteur de l'étude, Cora Jungbluth.
Pour l'Inde, cet accord signifierait une plus grande ouverture économique, mais il présenterait aussi des risques pour ce pays nouvellement industrialisé : s'il pourrait y avoir une incidence positive sur l'innovation, la productivité et la croissance, les secteurs les moins concurrentiels et les moins productifs auraient des difficultés à résister aux pressions exercées par une concurrence internationale accrue.
C'est pourquoi, explique l'auteur, des compromis sont nécessaires des deux côtés pour faire progresser ces négociations lancées en 2007, mais mises en pause après 16 sessions de discussions au plan technique (la dernière en mai 2013), à la veille des élections générales en Inde au printemps 2014 qui ont porté au pouvoir Narendra Modi. Les deux parties n'avaient, à l'époque, jamais été en mesure d'aplanir leurs divergences sur plusieurs chapitres clés (EUROPE 10931).
En particulier, l'UE devrait être consciente de ses responsabilités envers l'Inde en tant qu'économie émergente et lui permettre de disposer de suffisamment de temps et de souplesse pour faire face aux changements structurels induits par cet accord commercial, conclut-elle. (Emmanuel Hagry)