Les eurodéputés réunis en session plénière à Strasbourg, mercredi 18 juin, ont de nouveau débattu de la liberté de réunion et de la nécessité pour la Commission européenne d’agir face aux dérives du gouvernement hongrois (EUROPE 13613/13).
En effet, une loi adoptée le 18 mars dernier permet aux autorités hongroises d'interdire les rassemblements jugés contraires à la loi de 2021 sur la 'protection de l'enfance', et vise la 'Marche des fiertés' prévue le 28 juin.
Le commissaire européen chargé de la Démocratie, de la Justice et de l'État de droit, Michael McGrath, a rappelé que « le droit de se réunir pacifiquement est (...) inscrit dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ». Affirmant que la loi hongroise constitue une « grave atteinte » aux principes de l’UE, il a avancé que la Commission « analys(ait) actuellement cette législation ainsi que son impact au regard du droit européen ».
Fabienne Keller (Renew Europe, française) a dénoncé une situation qui « dure depuis sept ans », la Hongrie faisant l'objet d'une procédure dite 'article 7 du traité' sur le respect de l'État de droit depuis 2018. « Qu'attendez-vous pour agir? », a-t-elle lancé au commissaire, appelant la Commission à « organiser la suspension du droit de veto et du droit de vote » de la Hongrie au Conseil de l'UE.
Tineke Strik (Verts/ALE, néerlandaise) a fustigé une Commission qui « a les outils juridiques, mais (...) a peur de les utiliser ».
Un ensemble d'eurodéputés de gauche et du centre ont exprimé leur solidarité avec les manifestants hongrois et annoncé leur participation à la 'Pride' de Budapest, le 28 juin. « Je serai à Budapest pour dire que nos droits ne se négocient pas », a déclaré Mélissa Camara (Verts/ALE, française). Klára Dobrev (S&D, hongroise) a dénoncé ce qui s'apparente, selon elle, à une forme de « lâcheté » des élus de droite au Parlement et des commissaires euopéens du même bord.
« À cause des groupes de droite au Parlement, il n'a pas été possible d'inclure les droits des homosexuels dans le titre du débat d'aujourd'hui », a-t-elle souligné.
Pour le PPE, le Suédois Tomas Tobé a déclaré que « le peuple hongrois a le droit de vivre libre dans une démocratie qui respecte l'État de droit. C'est en effet ce qui distingue l'Europe : une union de liberté ».
A contrario, Michał Wawrykiewicz (PPE, polonais), quant à lui, a pointé du doigt une « 'poutinisation' du système politique ».
Du côté de la droite radicale, de nombreux eurodéputés ont défendu le gouvernement de Viktor Orbán. Kinga Gál (PfE, hongroise) a dénoncé « une campagne de persécution ». Pour Nicolas Bay (CRE, français), « l'ordre public et la protection des mineurs sont clairement des compétences nationales et l'Union européenne n'a donc pas à interférer ».
Début juin, l’avocate générale de la Cour de justice de l'UE, Tamara Ćapeta, avait considéré que la Hongrie viole plusieurs principes fondamentaux du droit européen, dont la liberté d’expression, la non-discrimination et la liberté de fournir des services, en appliquant une loi restreignant les contenus représentant les personnes LGBTIQ+ (EUROPE 13654/26). (Nithya Paquiry)