Trois ans après la série de crimes perpétrés par l’armée russe à Boutcha, les représentants des groupes politiques au Parlement européen se sont exprimés sur la réponse de l'UE face aux crimes de guerre commis par la Russie en Ukraine.
En préambule de la séance, qui a révélé le soutien d'une majorité d'élus à un jugement des responsables, la Haute Représentante de l’Union pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, a déclaré que « l’impunité pour les crimes de guerre est franchement impossible, tant que nous faisons le travail nécessaire ».
Sur la création d’un « tribunal spécial » pour le crime d’agression, elle a affirmé : « Les experts juridiques ont récemment finalisé les négociations techniques pour le tribunal. Le Conseil de l'Europe va bientôt entamer le processus d'examen politique des documents pour établir le tribunal, y compris son projet de statut ».
Ce tribunal spécial devrait compléter les efforts de la Cour pénale internationale en jugeant spécifiquement les responsables du crime d'agression (EUROPE 13572/14).
Sandra Kalniete (PPE, lettonne) a affirmé que « Poutine et ses sbires doivent comprendre que les crimes de guerre sont imprescriptibles ».
De même, l’eurodéputé néerlandais Thijs Reuten (S&D) a affirmé que « sans justice, il n’y aura pas de paix durable ». Il a appelé, en ce sens, à « accélérer [la constitution du] tribunal pour le crime d’agression » et à « confisquer les avoirs gelés » au profit de l’Ukraine.
Du côté de Renew Europe, Petras Auštrevičius (lituanien) a estimé que « la Russie ne pourra échapper à un nouveau tribunal de Nuremberg », précisant que la justice « doit être rendue, indépendamment d’un cessez-le-feu ou d’autres négociations ».
Villy Søvndal (Verts/ALE, danois) a dénoncé « une campagne systématique de terreur », contre laquelle il faudrait « affaiblir la Russie et renforcer l’indépendance de l’Ukraine par tous les moyens juridiques disponibles ».
Pour le groupe CRE, Michał Dworczyk (polonais) a exigé « une résolution spécifique » sur les crimes contre les civils et les enfants, se référant au rapport de l’ONU sur les exactions russes.
Il a plaidé pour que le Parlement européen « ne se contente pas de simples déclarations ».
Le coprésident du groupe de La Gauche, Martin Schirdewan (allemand), a interpellé Kaja Kallas sur la faiblesse diplomatique de l’UE. Et d’appeler à « un processus de paix juste et durable », respectueux du droit international.
René Aust (ENS, allemand) s’est inquiété d'« une spirale de l’armement », bien que condamnant les « crimes de guerre » russes. Anders Vistisen (PfE, danois) a reconnu l’horreur de ces crimes, mais a constaté qu’historiquement, on n’a pu juger les crimes qu’après des victoires militaires, ce qu’il trouve problématique.
Ne voyant « aucune perspective réaliste d'une invasion de Moscou par l'Ukraine », il a jugé ce débat « redondant ». « Concentrons-nous donc sur l'aide à apporter à l'Ukraine pour préserver ce qu'elle a, au lieu de tenir des débats nobles qui ne mèneront nulle part », a-t-il exhorté.
« L'UE doit être inébranlable dans son engagement à demander des comptes pour toutes les violations du droit international », a martelé Kaja Kallas à la suite des déclarations des chefs de groupes. (Nithya Paquiry)