Les ministres européens des Affaires étrangères se sont dits convaincus, jeudi 20 juillet, qu’il y avait un intérêt réciproque à développer une relation plus forte entre l’UE et la Turquie, sous conditions.
« Nous sommes convaincus qu'il existe un intérêt réciproque à développer une relation plus forte entre la Turquie et l'UE », a expliqué le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, à l’issue du Conseil 'Affaires étrangères'.
Il a cependant nuancé son propos, précisant qu’un apaisement durable en Méditerranée orientale serait bénéfique pour la stabilité et la sécurité de l'ensemble de la région et que la résolution de la question chypriote conformément à la résolution pertinente des Nations unies serait un élément essentiel du nouvel engagement avec la Turquie, tout comme le respect des libertés fondamentales et des valeurs définies par la Convention européenne des droits de l'homme par Ankara.
« Nous sommes d'accord sur le fait que l'UE doit s'engager avec la Turquie et s'appuyer sur l'intérêt commun, en essayant de surmonter les différences existantes. Le Conseil m'a donc chargé d'essayer de mettre en œuvre cet objectif », a ajouté M. Borrell, sans donner de détails sur la méthode qu’il emploiera.
Plus tôt dans la journée, la ministre roumaine, Luminita Odobescu, avait rappelé que la Turquie restait un « partenaire clé de l'UE dans de nombreux domaines stratégiques », précisant le soutien de son pays pour une relation UE/Turquie « forte ». Elle avait mis en avant la nécessité d'une approche « équilibrée, fondée sur des principes et constructive de l’UE à l'égard d'Ankara ainsi que d'un engagement durable et constructif de la Turquie ».
Pour l’Allemande Annalena Baerbock, « c'est le moment pour une réflexion stratégique ». « On n'est pas naïfs, il est clair qu'il faut des réformes (de la Turquie, NDLR), mais en ces temps difficiles, on veut travailler avec ce partenaire important, même si ce n'est pas toujours facile », a-t-elle expliqué.
Pour le ministre chypriote, Constantinos Kombos, l'évaluation turque ne peut être qu'axée sur des critères de référence, fondée sur le mérite, échelonnée, proportionnée et soumise à une conditionnalité établie, comme décidé précédemment par le Conseil européen. Il a aussi mis en avant la question chypriote, espérant une reprise rapide des négociations de fond menant à une solution du problème chypriote.
Si une amélioration des relations semble donc possible sous conditions, la reprise de négociations d’adhésion semble encore loin. « Au lieu de cette illusion de discussions d'adhésion qui sont mortes depuis des années et ne fonctionnent pas, nous avons besoin de la Turquie, la Turquie a besoin de nous, et ce serait l'objet d'une politique de voisinage fonctionnelle, sensée et pragmatique, sur la sécurité, la migration, l'économie et l'union douanière », a estimé l'Autrichien Alexander Schallenberg.
La discussion s’est tenue le jour de l'anniversaire de l’invasion de Chypre par la Turquie, le 20 juillet 1974. (Camille-Cerise Gessant avec Léa Marchal)