L’extension du délai de négociation entre l’Union européenne et le Royaume-Uni contenu dans l’article 50 du Traité sera l’un des sujets majeurs du prochain sommet européen, a annoncé jeudi 14 mars le président du Conseil européen, Donald Tusk, alors que les députés britanniques devaient se prononcer sur la question jeudi soir, à deux semaines de la date programmée du Brexit (voir autre nouvelle).
Le Polonais a en effet indiqué via Twitter qu’il demanderait aux dirigeants européens de réfléchir à « une longue extension » des pourparlers si cela permet au Royaume-Uni de « repenser » sa stratégie de sortie de l'UE et de forger un « consensus » sur le plan intérieur.
Ces propos contredisent ceux de la Première ministre britannique, Theresa May, pour qui une extension longue des négociations pourrait être synonyme de renoncement au Brexit et impliquerait que les Britanniques participent aux élections européennes de mai (EUROPE 12213/1).
Mais cette annonce de Donald Tusk contredit aussi le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, qui a mis en doute l'utilité d’une prolongation des délais (EUROPE 12213/2). Elle pourrait aussi être considérée comme un soutien indirect à Mme May : en effrayant les ‘Brexiters’ purs et durs quant à un possible maintien du Royaume-Uni dans l’UE, il s’agirait d’aider la dirigeante britannique à faire approuver in fine l’accord qu'elle a négocié avec l'UE et par deux fois rejeté.
Un troisième vote ?
Mercredi, à l’issue du rejet par les députés britanniques d'un Brexit sans accord de l’UE, Mme May a indiqué qu’elle envisageait de soumettre aux voix l'accord une troisième fois, possiblement mercredi 20 mars à la veille du sommet européen, si le pays devait s’acheminer vers une extension longue des négociations.
Au Parlement européen à Strasbourg, l’idée d’une longue extension des négociations passe mal. Si la situation reste gérable jusqu’au 2 juillet, date de la constitution du nouveau Parlement européen, une participation du Royaume-Uni aux élections européennes fait frémir.
« On ne va parler que de Brexit, pas de l’UE », a dit une source du groupe PPE, estimant que la pénible sortie du Royaume-Uni de l'UE parasitera la campagne électorale.
Pour les Vingt-sept, tout dépendra des objectifs d'une extension
Du côté des États membres, une prolongation ‘longue’ des négociations a déjà été envisagée et a « toujours fait partie » des options mises sur la table, a dit une source diplomatique, que l'annonce de Donald Tusk n’a pas surprise.
Mais tout dépendra des « paramètres » comme, par exemple, le type de relations futures que le Royaume-Uni est prêt à nouer avec l’UE à l'avenir.
Dans ce contexte, les Vingt-sept ne seraient pas non plus forcément opposés à ce que le Royaume-Uni participe aux élections européennes. « Ce sera surtout étrange pour les électeurs britanniques », a ajouté cette source parlementaire.
Selon le quotidien britannique The Guardian, l’adjointe de Michel Barnier, l’Allemande Sabine Weyand, aurait confié aux ambassadeurs des États membres auprès de l'UE qu’il était désormais trop tard pour changer les Traités et rendre envisageable une cohabitation plus longue avec le Royaume-Uni sans obliger les Britanniques à prendre part au scrutin de mai.
Une extension de deux mois comportant le même risque d'aboutir à un Brexit sans accord ne serait en revanche pas bien accueillie.
Il reviendra in fine aux Vingt-sept de décider à l’unanimité sur la prolongation du délai de l'article 50, vraisemblablement jeudi 21 mars, si Londres en fait la demande.
« Le sommet risque d’être long », a déjà anticipé une source. (Solenn Paulic)