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Bulletin Quotidien Europe N° 12212
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ACTION EXTÉRIEURE / Chine

Vers une nouvelle stratégie UE/Chine, ou comment l’UE apprend à montrer les dents pour défendre ses intérêts

Jyrki Katainen, vice-président de la Commission, a présenté, mardi 12 mars à Strasbourg, la stratégie « UE-Chine - Une perspective stratégique », qui vise à corriger le déséquilibre dans la relation sino-européenne. 

« L'UE et la Chine sont à la fois des partenaires économiques stratégiques et des concurrents », a-t-il déclaré. Mais les conditions de cette concurrence ne sont pas équilibrées, note la Commission. 

La relation économique de l'UE avec la Chine, son deuxième partenaire commercial après les États-Unis, est minée par une asymétrie due à l’absence de réciprocité du côté chinois. En effet, si la Chine tire largement parti de l’ouverture du marché européen pour investir massivement dans les infrastructures de l'UE - un quart de ses investissements directs étrangers (IDE) en 2017 - en ligne avec sa stratégie de Nouvelle route de la soie depuis 2013, elle compte pour autant parmi les économies les moins ouvertes aux IDE. 

Face à ces constats, l’UE flanque donc sa diplomatie de nouveaux outils qui, même s’ils demeurent timides, visent à contraindre la puissance chinoise à plus de réciprocité et à mieux défendre des secteurs d’activité clef pour l’UE. 

Cette politique se heurte toutefois à des résistances au nord de l’UE, de tradition plus libérale, et au sud, où la Grèce, le Portugal et l’Italie rivalisent pour les investissements chinois. 

Cette stratégie promeut donc vis-à-vis de Pékin une politique « réaliste, assertive et multifacettes », traduite en dix actions. À la clef, l’exigence d’un meilleur respect des normes européennes et des principes d’économie de marché de l’UE et un engagement accru de Pékin, au niveau mondial, sur des questions d’intérêt commun. 

Une relation plus équilibrée sur le plan commercial

Sur le plan commercial, la Commission demande à Pékin de s’engager davantage à réformer l’Organisation mondiale du commerce. La Commission s’est en effet attaquée aux transferts de technologie forcés en Chine dans le cadre du mécanisme de règlement des différends de l’OMC (EUROPE 12164/12) et veut renforcer les règles multilatérales en matière de subsides aux entreprises (EUROPE 12098/8). 

L’UE demande également à la Chine de montrer davantage de bonne volonté, et veut sceller en 2020 les négociations d’un accord global sur les investissements (AGI), lesquelles patinent depuis 2013. Les prochaines semaines devraient aussi voir la conclusion des accords portant sur les indications géographiques et la sécurité de l’aviation, note la communication. 

La Commission appelle également les institutions européennes à se remettre au travail sur sa proposition d’instrument international sur les marchés publics. Proposé en 2012, puis en 2016, ce mécanisme permettrait une meilleure réciprocité dans l'accès aux marchés publics à l’étranger. Les États membres avaient échoué à définir une ligne commune, renvoyant ainsi la proposition au placard. 

L’UE devrait aussi, avant la fin de 2019, resserrer la vis quant à l’accès à ses marchés, prévient la Commission. En réponse sans doute au tollé suscité par le refus du projet d'acquisition d'Alstom par Siemens, la Commission déplore que les règles européennes en matière d'aides d'État ne lui permettent pas de contrôler les concentrations d'entreprises non européennes, ni d'intervenir contre l'acquisition d'une société européenne au seul motif que l'acheteur a bénéficié de subventions étrangères. 

L’institution propose que soient comblées les lacunes du cadre réglementaire actuel pour mieux saisir les effets de distorsion des subventions d’État et d’en réviser les orientations en particulier quant aux normes de travail et environnementales. 

 En matière de sécurité des réseaux de 5G, la Commission devrait s’appuyer sur les conclusions du Conseil européen de printemps pour proposer une approche commune. Le risque posé par les équipementiers chinois, Huawei en particulier, a d’ailleurs été souligné le même jour par le Parlement (voir autre nouvelle). 

Finalement, l’UE s’est récemment dotée d’un mécanisme de filtrage des investissements étrangers : la Commission exhorte les États membres à mettre ce règlement effectivement et entièrement en œuvre dans les meilleurs délais. 

Une offre de coopération plus poussée sur les grands dossiers internationaux

La stratégie revient aussi sur la coopération sur la scène internationale. La Commission propose de renforcer la coopération avec ce membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, « afin d'assumer les responsabilités communes sur l'ensemble des trois piliers de l’ONU, à savoir les droits de l'homme, la paix et la sécurité et le développement ». Les droits de l’homme sont un sujet de tensions et la stratégie estime que la capacité des deux parties à s’engager efficacement dans ce domaine « constituera une mesure importante de la qualité des relations bilatérales ». Si les États membres de l’UE sont les premiers contributeurs au budget du maintien de la paix de l’ONU, la Chine, à titre individuel, est deuxième derrière les États-Unis et la Commission estime qu’il « conviendrait d'identifier les possibilités de partager l'expérience opérationnelle dans ce domaine ». 

La Commission compte aussi approfondir le dialogue sur les questions de paix et de sécurité, « en s’appuyant sur la coopération en faveur du plan d'action global commun pour l'Iran », précise la stratégie. La dénucléarisation de la Péninsule coréenne, le futur processus de paix en Afghanistan ou la crise des Rohingyas en Birmanie sont d’autres sujets possibles de coopération, selon le document. La « poursuite de la coopération reste importante pour renforcer la confiance politique », estime la Commission. Mais elle ne cache pas pour autant le rôle ambigu de la Chine. Si Pékin est un « partenaire stratégique de l’UE pour relever les défis mondiaux et internationaux » et a « la capacité et la responsabilité de jouer un rôle important dans la résolution des problèmes de sécurité régionale », il existe aussi « des préoccupations et des différences en matière de sécurité sur l'application du droit international, le respect de la bonne gouvernance et le développement économique durable », notamment la situation en mer de Chine méridionale. « Les menaces hybrides intersectorielles, y compris les opérations d'information, et les grands exercices militaires non seulement sapent la confiance, mais mettent également en péril la sécurité de l'UE et doivent être traitées dans le cadre de notre relation mutuelle », ajoute la stratégie. 

Enfin, en matière de lutte contre le changement climatique, l’UE demande à la Chine de respecter ses engagements de l’Accord de Paris. 

La communication devrait alimenter les discussions du Conseil des Affaires étrangères du 18 mars, puis du Conseil européen des 21 et 22 mars, en préparation du sommet UE-Chine, qui se tiendra le 9 avril. (Hermine Donceel avec Camille-Cerise Gessant)

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