Les dirigeants de l’Union européenne et des Balkans occidentaux se réuniront vendredi 5 juin à Tivat, au Monténégro, afin de discuter notamment du processus d’élargissement et d’examiner les progrès réalisés dans l’intégration progressive dans l’UE des six partenaires de la région dans le contexte géopolitique agité actuel et quelques jours après les propositions du chancelier allemand, Friedrich Merz (EUROPE 13872/3), qui a suggéré de nouvelles solutions permettant d’accorder à l’Ukraine un statut de membre associé et aux pays des Balkans occidentaux un statut d’observateur, avant leur adhésion pleine et entière à l’Union.
« Le sommet constituera une démonstration claire de notre détermination à approfondir notre coopération et à tirer parti de la dynamique actuelle de l’élargissement de l’Union européenne », a souligné le président du Conseil européen, António Costa, à Sarajevo, première étape de sa tournée régionale avant le sommet.
Lors d’une conférence de presse à Tirana aux côtés du Premier ministre albanais, Edi Rama, António Costa a défendu l’idée que l’Union européenne devait « poursuivre sur la voie actuelle » des négociations d’adhésion avec les pays des Balkans occidentaux, « en particulier le Monténégro et l’Albanie », car « nous sommes sur une très bonne trajectoire ».
Il a rappelé que les travaux de rédaction du futur traité d’adhésion du Monténégro avaient déjà débuté, tandis que l’Albanie a désormais ouvert l’ensemble des chapitres de négociation et peut commencer à en clôturer provisoirement certains après avoir rempli les critères intermédiaires du groupe de chapitres consacré aux fondamentaux (EUROPE 13879/20). Le Monténégro ambitionne d’adhérer à l’Union européenne d’ici 2028 et l’Albanie d’ici 2030.
Le futur traité d’adhésion du Monténégro devrait servir de modèle pour la prochaine génération de traités d’adhésion, avec de nouveaux mécanismes destinés à sanctionner tout recul en matière d’État de droit. Parmi les options actuellement examinées figureraient notamment la limitation des droits de vote et la réduction des financements européens, selon une source européenne de haut niveau.
« Nous pouvons toujours améliorer le processus, mais nous devons aujourd’hui nous concentrer sur la mise en œuvre de ce qui est déjà en cours », a insisté António Costa.
À Skopje, le président du Conseil européen a cherché à dissiper davantage les inquiétudes des partenaires des Balkans occidentaux, en expliquant que le chancelier Merz avait proposé « un processus spécial, un statut spécial » pour l’Ukraine afin de combler l’intervalle entre la conclusion des négociations d’adhésion et son entrée formelle dans l’Union européenne.
« La situation des pays des Balkans occidentaux est fondamentalement différente. Heureusement, ils ne sont pas en guerre », a-t-il déclaré. « Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de créer un statut spécial pour les pays des Balkans occidentaux, car ils n’ont pas besoin de combler un tel écart », a-t-il ajouté.
Les discussions interviennent après les récentes propositions du chancelier allemand, qui ont suscité des réactions contrastées tant parmi les États membres de l’UE qu’au sein des pays des Balkans occidentaux (EUROPE 13874/25). De leur côté, la Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas (EUROPE 13876/16), qui participera au sommet de Tivat, ainsi que la commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos (EUROPE 13874/25), ont accueilli favorablement les propositions de Friedrich Merz dans le contexte géopolitique actuel.
À Bruxelles, Edi Rama s’est montré le plus favorable à l’idée d’une intégration progressive avec des droits limités avant l’adhésion complète. Il a reconnu la nécessité d’« une approche créative » dans le contexte géopolitique actuel, alors que la guerre se poursuit sur le continent européen. Il a toutefois insisté sur le fait que « les pays candidats ne doivent pas être séparés » et a rappelé l’importance de préserver le caractère fondé sur le mérite du processus d’adhésion (EUROPE 13875/3).
Dans une tribune commune publiée en mars dans le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), Edi Rama et le président serbe, Aleksandar Vučić, avaient déjà estimé qu’une « voie réaliste vers l’Union européenne » consisterait à rejoindre dans un premier temps le marché unique et l’espace Schengen, sans disposer de droits de vote au sein des institutions européennes.
De son côté, le Premier ministre de la Macédoine du Nord, Hristijan Mickoski, a clairement indiqué le 2 juin que son pays souhaitait « un processus normal, crédible et prévisible ». « Nous ne demandons pas de privilèges. Nous ne demandons pas de règles plus faciles », a-t-il insisté, en ajoutant : « Ce dont nous avons besoin, c’est de clarté ».
L’Autriche, la République tchèque, l’Italie, la Slovaquie et la Slovénie ont récemment appelé la Commission européenne à présenter des « propositions » visant à accélérer l’intégration progressive des pays candidats dans le marché unique, estimant que « des incitations attractives sont nécessaires » pour encourager la mise en œuvre de « réformes irréversibles » et que « l’intégration progressive a démontré son utilité pour lutter contre la fatigue des réformes » (EUROPE 13871/2).
La Commission devrait prochainement poursuivre les négociations avec chacun des six pays des Balkans occidentaux afin de les intégrer dans la zone européenne d’itinérance gratuite (« roaming »), à la suite du feu vert donné par les ambassadeurs des États membres de l’UE. Cette avancée devrait être présentée comme l’un des résultats concrets du sommet, selon une source européenne de haut niveau.
La Moldavie et l’Ukraine ont rejoint la zone européenne d’itinérance gratuite le 1er janvier dernier. Les pays des Balkans occidentaux bénéficient actuellement uniquement de tarifs réduits pour les données mobiles, dans le cadre d’un accord volontaire entre les principaux opérateurs de télécommunications, en vigueur depuis octobre 2023.
Les reculs observés en Serbie dans le domaine de l’État de droit, notamment en raison de réformes judiciaires controversées, l’absence de progrès dans la normalisation des relations entre la Serbie et le Kosovo ainsi que les différends politiques persistants entre les différentes communautés de Bosnie-Herzégovine continuent de freiner les avancées dans la région. La Bosnie-Herzégovine demeure d’ailleurs le seul pays des Balkans occidentaux à ne pas avoir encore bénéficié des financements prévus dans le cadre du Plan de croissance.
Au Monténégro, les dirigeants des six partenaires des Balkans occidentaux participeront au sommet. Du côté de l’Union européenne, seuls les dirigeants de la Finlande, de la Suède et de la Lettonie seront absents, a confirmé un diplomate européen à Agence Europe.
Le sommet débutera jeudi 4 juin par un dîner informel symbolique au Monténégro, qui célèbre cette année le 20e anniversaire de son indépendance vis-à-vis de la Serbie. (Ana Pisonero Hernández)