Les négociations s’annoncent intenses au Parlement européen sur le futur programme de soutien à la culture et aux médias, AgoraEU. Les deux corapportrices ont présenté officiellement leur projet à leurs collègues, mercredi 3 juin, sur ce programme voué à réunir les soutiens financiers du budget européen attribués à la culture, aux médias et à la défense des valeurs de l’UE sur la période 2028-2034 (EUROPE 13870/24). La Française Emma Rafowicz (S&D) est issue de la commission de la Culture et de l'éducation (CULT) et la Suédoise Alice Kuhnke (Verts/ALE) provient de la commission des Libertés civiles (LIBE). Au sein des deux commissions parlementaires saisies, qui se sont réunies pour l’occasion, les premiers clivages sont apparus concernant le contenu d’AgoraEU, doté d’une enveloppe totale de 8,6 milliards d'euros – selon la proposition initiale de la Commission (EUROPE 13682/1).
Ainsi, Emma Rafowicz, en première ligne sur le volet culturel, a défendu d’emblée la « boussole » que devrait constituer à ses yeux « la conditionnalité sociale » et la « défense des travailleurs » dans l’attribution des fonds. La socialiste a aussi insisté sur l’idée de subordonner les subventions à un « usage éthique » de l’IA générative dans les créations. Ces dernières devraient en effet être « basées sur une contribution humaine significative et identifiable », selon le projet de rapport.
« Nous avons des interrogations quant à la faisabilité de certaines des nouvelles obligations proposées. Tout en soutenant pleinement le principe (...), nous nous demandons si l’ensemble (...) ne risque pas de créer une charge administrative excessive », a répondu l’eurodéputée néerlandaise Brigitte Van den Berg (Renew Europe).
Les deux corapportrices ont chacune mis en avant l’une des innovations phares de leur projet : la création d’un volet dédié au journalisme et à l’information. Celui-ci aurait comme critère central l’indépendance éditoriale et bénéficierait d’environ un milliard d’euros de financement, soit une multiplication par dix par rapport au cadre financier pluriannuel (CFP) actuel, selon Emma Rafowicz.
« Agora EU devrait soutenir davantage l’innovation dans le secteur des médias », a cependant estimé la Slovaque Veronika Cifrová Ostrihoňová (Renew Europe). « À défaut, le contrôle démocratique aura du mal à suivre le rythme des transformations technologiques (...) », a-t-elle regretté, tout en saluant le « bon point de départ » produit par les rapportrices.
Plus impliquée sur la partie liée à la défense de la société civile, de la démocratie et de l'État de droit, Alice Kuhnke, pour sa part, a fait un plaidoyer en faveur d’une augmentation des fonds. Évoquant, entre autres, les risques d’ingérences étrangères, elle a estimé qu’Agora EU « devrait être considéré comme partie intégrante de l’agenda européen visant à renforcer la sécurité et la compétitivité ».
« Il existe dans le secteur des médias, ainsi que dans la société civile, un besoin en réalité bien supérieur aux financements disponibles à ce stade », a abondé la vice-présidente du Parlement, Sabine Verheyen (PPE, allemande).
Par ailleurs, Alice Kuhnke a mis l’accent sur sa proposition de créer un « mécanisme d’urgence » pour venir en aide aux éléments de la société civile subissant une « pression significative ». Par exemple, « sous la forme d’une procédure-bâillon, d’une campagne de dénigrement ou d'une réduction brutale des financements ».
L’écologiste suédoise a aussi insisté sur le rétablissement du programme 'Daphne', un instrument de financement dédié à la lutte contre les violences de genre et envers les enfants.
À l’extrême droite, plusieurs eurodéputés ont dénoncé les références à l’égalité de genre dans le projet de rapport.
La date limite pour le dépôt des amendements a été fixée au 18 juin. (Clément Solal)