La discussion devait être simplement « stratégique », sans décision attendue. Loin d'être le sujet le plus sensible à l'agenda du Sommet européen de jeudi 18 décembre, l'élargissement a tout de même été abordé, lors d'une discussion qui a principalement souligné les enjeux géopolitiques de l'adhésion de nouveaux membres à l'UE.
« Nous voyons quatre pays en tête : l'Ukraine, la Moldavie, le Monténégro et l'Albanie. Et nous espérons que tous auront l'occasion non seulement d'entamer des négociations, mais aussi de se rapprocher de l'Union européenne dans les années à venir. Pour moi, la date cible pour l'Ukraine serait 2030, mais je vois dans le plan de paix une date encore plus optimiste (2027, NDLR) », a ainsi déclaré le Président de la Lituanie, Gitanas Nauseda, en amont de la réunion.
L'Ukraine, dont les Européens espèrent pouvoir accélérer son adhésion à l'UE, se trouve néanmoins bloquée par l'opposition hongroise (EUROPE 13774/29).
À ce stade, le Monténégro reste le pays le plus proche de l'adhésion à l'Union (EUROPE 13774/30). Si la Présidence chypriote du Conseil de l'UE, qui démarre au 1er janvier 2026, espère pouvoir commencer la rédaction du traité d'adhésion, les Irlandais envisagent carrément une possible intégration lors de leur présidence tournante, fin 2026.
« Nous pensons notamment que le Monténégro pourrait être en mesure d'adhérer à l'Union européenne d'ici la fin de notre présidence et nous aimerions que tous les chapitres soient clos. Ce sera l'un des objectifs de la Présidence irlandaise », a affirmé Micheál Martin, le Premier ministre irlandais.
La question de la Serbie, dont les bons rapports avec Moscou irritent de plus en plus les Européens, reste délicate. Selon un haut fonctionnaire européen, les dirigeants s'accordent pour dire que « malgré les défis internes persistants, la Serbie a réalisé cette année des progrès concrets dans le domaine des réformes en faveur de l'adhésion ».
Un point de vue partagé par le président français, Emmanuel Macron, qui va même plus loin. « La Serbie est à un moment charnière au regard des décisions qu'elle doit prendre sur sa dépendance aux énergies fossiles russes. Elle a fait des annonces qui sont importantes. Et nous soutenons le fait que dans les prochaines semaines, un nouveau cluster (de chapitres de négociation) puisse être ouvert. Ce qui correspond à la fois à l'analyse de la Commission, mais accompagne aussi un mouvement courageux de décision et de clarification des décisions à cet égard », a-t-il déclaré à l'issue du Sommet.
Le refus de longue date de Belgrade de s’aligner sur les sanctions européennes contre Moscou s'explique en partie par sa dépendance énergétique envers la Russie (EUROPE 13771/23). L'avancée sur l'ouverture d'un cluster pourrait faire pencher la balance des intérêts serbes en faveur de l'Union.
Les conclusions finales ne diffèrent pas de celles déjà publiées dans nos pages (EUROPE 13775/4). Les dirigeants européens continuent de rappeler « l'importance de l'élargissement en tant qu'investissement géostratégique dans la paix, la sécurité, la stabilité et la prospérité de l'UE ».
La Commission européenne est toujours invitée à présenter « ses examens approfondis des politiques (internes) », afin que le processus des réformes nécessaires au bon fonctionnement de l'Union à plus de trente membres soit engagé.
Voir les conclusions du Conseil européen: https://aeur.eu/f/K3L (Isalia Stieffatre avec la rédaction)