En raison d’un blocage de la Hongrie sur l’Ukraine, le Conseil n’a pas pu adopter, mardi 16 décembre, ses traditionnelles conclusions annuelles sur l’élargissement. Toutefois, la Présidence danoise a publié le texte sous la forme de conclusions de la Présidence soutenues par 26 États membres.
« La Hongrie nous empêche de parvenir à des conclusions (du Conseil) et nos tentatives de trouver une solution ont été rejetées. Je le regrette profondément. Comme l'ont souligné plusieurs États membres, cela envoie un mauvais signal aux pays candidats. Nous souhaitons qu'ils choisissent l'UE et non la Russie. Nous le regrettons d'autant plus que l'élargissement est crucial pour tous les autres États membres et que les pays candidats progressent sur la base du mérite », a expliqué la ministre danoise, Marie Bjerre, dont le pays assume la présidence du Conseil.
À son arrivée au Conseil, le ministre hongrois, János Bóka, avait prévenu que son pays ne pouvait pas soutenir le projet de conclusions, « car la politique d'élargissement est devenue totalement déséquilibrée ».
« Ce texte brosse un tableau négatif et injustifié des événements en Géorgie et dans les Balkans occidentaux. Concernant l'Ukraine, il repose sur une évaluation réaliste de la situation et des objectifs politiques irréalistes. De plus, il recèle les germes de décisions techniques relatives à l'élargissement prises en contournant la pratique établie et le droit de l'UE. Nous le rejetterons, nous nous y opposerons », avait-il prévenu.
Marie Bjerre avait expliqué, en amont du Conseil, que l’opposition hongroise s’expliquait « par le fait que nous voulons également avoir un discours fort sur l'Ukraine, qui soit juste et équitable ».
Le commissaire européen Piotr Serafin a regretté le blocage hongrois. « Il est également clair que nous avons désormais besoin d'actions concrètes au niveau de l'Union. Les progrès de nos partenaires exigent une réponse claire de l'UE », a-t-il expliqué, soulignant les « progrès substantiels » accomplis par l’Albanie, le Monténégro, l’Ukraine et la Moldavie.
« Nous sommes convaincus qu'il convient d'entamer le processus de préparation du projet de traité d'adhésion du Monténégro et de poursuivre et d'accélérer, sur le plan technique, la préparation des négociations avec l'Ukraine et la Moldavie. Et dès que les conditions seront réunies, nous pourrons reprendre formellement le processus de négociation dans les meilleurs délais », a-t-il ajouté.
Prophétisée par une source européenne en amont du Conseil, l'absence de conclusions à Vingt-sept sur l'élargissement ce mardi 16 décembre signifie que les chefs d'État et de gouvernement rassemblés lors du Sommet européen de jeudi 18 et vendredi 19 ne pourront pas les approuver non plus. Les traditionnelles discussions de fin d'année sur l'élargissement devraient cependant se tenir, au regard de la dimension « stratégique » que revêt désormais le sujet, selon un haut fonctionnaire européen (EUROPE 13745/6).
« Il est très clair que l'Union doit se préparer à la possibilité de voir un ou plusieurs pays candidats terminer les négociations d'adhésion dans un futur très proche », détaille ce haut fonctionnaire.
Dans les faits, le Monténégro et l'Albanie restent les pays les plus proches de l'adhésion à l'Union. Ce même jour, Podgorica a fermé cinq chapitres supplémentaires des négociations d'adhésion, portant à douze le nombre total de chapitres clos par le pays (voir autre nouvelle).
« Nous devons admettre qu'en 2025, plus de chapitres ont été ouverts et clos qu'au cours des 15 années précédentes », a ainsi souligné Neva Grasic, secrétaire d'État aux Affaires européennes de la Slovénie.
Le texte approuvé mentionne effectivement la possibilité de voir « la création d'un groupe ad hoc pour la rédaction du traité d'adhésion du Monténégro » avant la fin de l'année - mais sans approbation de la Hongrie.
Les Vingt-six précisent attendre avec « intérêt » l’ouverture de groupes ('clusters') de chapitres de négociations d'adhésion avec l'Ukraine et la Moldavie, « en commençant sans délai par le groupe des fondamentaux, suivi des autres groupes, conformément à la méthodologie et aux cadres de négociation », soulignant les progrès réalisés par les deux pays, malgré des circonstances compliquées.
À l’inverse, les États membres rappellent que les processus d’adhésion à l’UE de la Géorgie et de la Turquie sont à l’arrêt.
Voir le texte de conclusions de la Présidence : https://aeur.eu/f/k18 (Isalia Stieffatre et Camille-Cerise Gessant)