Emmanuel Macron, le président français, a obtenu, jeudi 18 décembre à Bruxelles, un répit sur le dossier du Mercosur, après que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé, lors du Conseil européen, de reporter d’un mois la signature de l’accord commercial.
Ursula von der Leyen espérait parapher ce traité de libre-échange samedi 20 décembre, à l’occasion du sommet du Mercosur dans la ville brésilienne de Foz do Iguaçu. Elle devra patienter quelques semaines.
La Présidence danoise du Conseil de l’UE envisageait un vote vendredi 19 décembre au sein du Comité des représentants permanents des États membres auprès de l’UE (Coreper) sur les deux décisions (la conclusion, ainsi que la signature et l’application provisoire) de l’accord de partenariat UE/Mercosur.
Le report annoncé par Mme von der Leyen implique que le dossier ne figure plus à l’ordre du jour du Coreper de vendredi. La Commission se veut confiante pour la suite.
« Nous avons obtenu une avancée décisive ouvrant la voie à la finalisation de l’accord UE/Mercosur en janvier. Nous avons besoin de quelques semaines supplémentaires pour répondre aux préoccupations des États membres et nous sommes convenus avec nos partenaires du Mercosur de reporter légèrement la signature », a déclaré Mme von der Leyen vendredi 19 décembre, à l’issue du Conseil européen.
Elle a répété que cet accord est « crucial pour l’Europe, sur les plans économique, diplomatique et géopolitique ». Grâce à des contrôles et garanties supplémentaires, « nous avons intégré toutes les protections nécessaires pour nos agriculteurs et nos consommateurs », a-t-elle affirmé.
« Des efforts sont en cours pour reporter le sommet du Mercosur, ce qui nous donne quelques semaines supplémentaires pour essayer d’apporter les réponses demandées par nos agriculteurs et les garanties nécessaires pour nos produits », a relevé Giorgia Meloni, présidente du Conseil des ministres italien. Le président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, avait ouvert la voie à ce report après un échange téléphonique avec Mme Meloni. Cette dernière lui avait demandé de faire preuve de patience, assurant que l’Italie soutiendrait l’accord in fine. Parallèlement, plusieurs autres États membres (la Pologne, la Hongrie, l'Irlande) ont exprimé leurs critiques à l’égard de l’accord. Ces pays réunissaient une minorité de blocage potentielle au Conseil.
M. Macron a déclaré vendredi que l’accord « n’était pas acceptable en l’état. Nous avons commencé à obtenir une clause de sauvegarde robuste, qui agira comme un frein d’urgence pour protéger nos filières agricoles. Nous voulons maintenant qu’elle soit définitivement actée et qu’elle vienne compléter l’accord ».
M. Macron a aussi plaidé pour des mesures de réciprocité, « car nous ne pouvons pas accepter que des produits importés de pays tiers ne soient pas soumis aux mêmes normes que celles imposées à nos producteurs ». Enfin, la France veut la mise en place d’une force européenne de protection sanitaire, prévoyant des contrôles vétérinaires et phytosanitaires renforcés. La Commission s'est engagée à renforcer les contrôles début 2026 (EUROPE 13769/16). Le président français a prévenu qu'il ne savait pas quelle sera la position de la France en janvier, ajoutant qu'il était trop tôt pour le dire.
Pedro Sánchez, le Premier ministre espagnol, a rappelé que cela fait vingt-cinq ans que l’accord est en négociation et a dit qu’il pouvait attendre un mois de plus.
Jeudi, à Bruxelles, les coopératives et organisations agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) ont revendiqué la mobilisation de 10 000 manifestants pour réclamer un commerce protégeant les normes de production et les secteurs les plus sensibles de l'UE. (Lionel Changeur, avec la rédaction)