La ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de l’Environnement de la République de Chypre, Maria Panayiotou (qui prépare activement la future Présidence chypriote du Conseil de l’UE au premier semestre 2026), a souligné, dans un entretien accordé à l’Agence Europe lundi 14 juillet à Bruxelles, l’importance de maintenir un équilibre entre les objectifs environnementaux et climatiques et la compétitivité du secteur agricole.
Appelée à présider début 2026 pendant six mois les négociations du Conseil Agriculture sur la réforme de la politique agricole commune (PAC), elle a décrit son rôle de médiatrice impartiale comme étant « crucial » pour s’assurer que les agriculteurs reçoivent des incitants les encourageant à produire de manière durable et selon des normes de qualité élevées.
« C’est l’une de nos priorités et cela reflète notre vision pour le nouveau cadre de la PAC », a-t-elle ajouté.
« Cet équilibre est essentiel et nous devons toujours garder à l’esprit que ce sont les agriculteurs qui produisent la nourriture que nous mettons chaque jour sur nos tables ».
Six priorités de la future Présidence chypriote. Interrogée sur les principales priorités de la future Présidence chypriote du Conseil concernant la PAC post-2027, Maria Panayiotou a énuméré les axes suivants :
- rendre le secteur agricole plus attractif afin de stimuler l’investissement et l’innovation ;
- assurer le renouvellement générationnel en soutenant l’installation de jeunes agriculteurs, face au vieillissement de la population agricole actuelle ;
- garantir une position équitable des agriculteurs dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire, avec un revenu stable et juste ;
- trouver un équilibre entre compétitivité agricole et ambitions climatiques de l’UE ;
- renforcer la durabilité des zones rurales et de la production alimentaire dans toute l’Europe ;
- aider les agriculteurs à faire face aux crises (climatiques, géopolitiques) grâce à des outils de gestion de crise efficaces.
Gestion de l’eau. Concernant la problématique de l’eau, Chypre adopte une stratégie globale pour faire face aux défis croissants.
Lors de sa présidence du Med9 en 2024, une déclaration conjointe sur l’impact de la sécheresse sur le secteur primaire a été adoptée, suivie de l’envoi d’une lettre commune des neuf pays aux commissaires européens.
L’objectif de Chypre est de couvrir 100% des besoins en eau potable grâce à des sources non conventionnelles, notamment via le dessalement, déjà utilisé pour approvisionner la population.
« Cela permettra de réserver l’eau de nos barrages (nous en avons plus de 100) à l’usage agricole », a expliqué Maria Panayiotou.
Chypre investit également dans les infrastructures de réutilisation des eaux usées traitées : actuellement, 90% de cette eau est utilisée par les agriculteurs, couvrant 20% de leurs besoins, un chiffre qui devrait encore augmenter.
Un programme de financement de 3 millions d’euros est en outre proposé aux hôtels pour leur permettre d’installer leurs propres unités de dessalement. Parallèlement, un programme de modernisation du réseau d’eau est en cours pour réduire les fuites, avec des technologies de détection et de surveillance.
Concernant la stratégie de résilience hydrique, la ministre a insisté sur le fait qu’elle doit impérativement être accompagnée d’instruments financiers, nécessaires à la mise en œuvre des actions prévues.
Enfin, les fonds de la PAC, notamment les paiements directs attendus en décembre, sont vitaux pour les agriculteurs chypriotes. La ministre a également mentionné un programme de 67 millions d’euros actuellement en cours pour soutenir de nouveaux projets agricoles et l’achat d’équipements. (Lionel Changeur)