Les ministres des Affaires étrangères européens se retrouvent jeudi 20 juillet à Bruxelles pour leur dernier Conseil avant la pause estivale.
La journée commencera par un petit déjeuner avec le Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’homme, Volker Türk, pour discuter des moyens de revivifier le système mondial de promotion des droits de l’homme, qui subit des attaques, et débattre de situations plus spécifiques, telles que l’Ukraine.
Ukraine. Ensuite, les ministres se pencheront une nouvelle fois sur la situation en Ukraine. Comme à leur habitude, ils s’entretiendront tout d’abord avec leur homologue ukrainien, Dmytro Kuleba, sur la situation sur le terrain et sur les demandes ukrainiennes.
Le Conseil devrait ensuite discuter des engagements de sécurité : sous-entendu, le soutien à moyen et long terme à l’Ukraine.
Lors du Conseil européen du 29 juin, les dirigeants européens ont annoncé que l’UE et ses États membres étaient prêts à contribuer, avec leurs partenaires, aux futurs engagements en matière de sécurité envers l'Ukraine (EUROPE 13212/2). Le sujet a également été discuté lors du sommet de l’OTAN les 11 et 12 juillet et en marge de celui-ci, les pays du G7 - dont l’UE fait partie - ont annoncé des engagements de sécurité envers l’Ukraine (EUROPE 13221/13).
« Nous soutenons l’Ukraine depuis un an et demi, mais il est grand temps de rendre ce soutien, les engagements de sécurité, plus prévisibles », a expliqué un haut fonctionnaire européen. Selon un diplomate européen, « on doit mettre au point la façon d’aider l’Ukraine sur plusieurs années, y compris après le conflit ».
Ces engagements devraient porter sur le volet militaire, sur la manière de soutenir l’Ukraine en termes de matériel, mais aussi l’industrie de la défense européenne. L’UE a aussi mis en place une mission de formation de l’armée ukrainienne, qui pourrait devoir évoluer en fonction des armements donnés à Kiev.
Selon le haut fonctionnaire, le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, est « convaincu que le soutien militaire doit être encadré dans une perspective à long terme et plus prévisible ».
L’utilisation de la 'Facilité européenne pour la Paix' (FEP) consacrée à l’Ukraine pourrait faire l'objet des discussions. Le Service européen pour l’action extérieure pourrait proposer un fonds spécialement pour l’Ukraine - qui pourrait être lié à la FEP - d’un montant de 20 milliards d’euros sur les quatre prochaines années. Depuis le début de la guerre, le 24 février 2022, l’UE a consacré 5,6 milliards d’euros de la FEP à l’Ukraine.
« Je pense que c'est la bonne façon d'aborder l'avenir, mais le soutien (via la FEP) est si élevé que l'argent pour l'Ukraine sera bientôt épuisé, il faut donc penser à l'avenir et l'avenir est proche », a prévenu le haut fonctionnaire.
Bien que la FEP soit hors du budget de l'UE, la discussion pourrait être liée par certains États membres à la révision à mi-parcours du cadre financier pluriannuel.
Par ailleurs, la Hongrie bloque toujours une 8e tranche d’aide de la FEP d’un montant de 500 millions d’euros.
Au-delà de l'angle militaire, le soutien de l’UE à long terme pourrait porter, entre autres, sur les aspects financiers, l’intégration au marché intérieur, la diplomatie et la perspective d’adhésion de l’Ukraine à l’UE.
La discussion sur les engagements de sécurité devrait se poursuivre lors des réunions informelles des ministres de la Défense et des Affaires étrangères, fin août à Tolède. Les engagements de sécurité feront aussi l'objet des discussions lors du Conseil européen de fin octobre.
Le Conseil pourrait également s'entretenir sur la formule de paix du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, après la réunion internationale qui s’est tenue sur le sujet fin juin à Copenhague. Les ministres devraient se pencher sur les moyens de soutenir ce plan de paix.
La non-prolongation de l’initiative céréalière de la mer Noire en raison de l’opposition russe devrait aussi faire l’objet d’un débat (EUROPE 13224/8).
Sécurité économique. À l'agenda des ministres également : le sujet de la sécurité économique. Il s'agira d'aborder les aspects externes de la stratégie proposée par la Commission en juin (EUROPE 13205/7). Il importe, par exemple, d'expliquer l'approche de l'UE en la matière aux partenaires, selon un diplomate.
Pour rappel, la Commission a indiqué envisager des restrictions à l'exportation pour certains biens stratégiques, un contrôle renforcé des investissements directs étrangers et, pour la première fois et de manière plus controversée, une surveillance des investissements sortants, là encore dans des secteurs critiques (EUROPE 13188/2).
Ce débat fait partie d'une longue série à venir, car plusieurs pays membres se montrent prudents sur le besoin et la mise en place de nouveaux instruments de ce type.
Turquie. Lors d’un déjeuner en format restreint, les ministres discuteront des relations entre l’UE et la Turquie.
En amont du sommet de l’OTAN, le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a lié l’adhésion de la Suède à l’Alliance atlantique à des avancées dans les relations entre son pays et l’Union (EUROPE 13219/1). Selon le haut fonctionnaire européen, après la réélection de M. Erdoğan et la constitution d’un nouveau gouvernement, c'est « un bon moment pour revoir les relations » entre l’UE et la Turquie, estimant voir du changement dans l’approche du nouveau gouvernement. Les sujets de discorde entre l’UE et la Turquie restent nombreux, tels que la Méditerranée orientale, l'aide possible au contournement de sanctions russes, le positionnement dans la Turquie dans certains conflits régionaux et la situation des droits de l'homme et de l'État de droit en Turquie. Les États membres restent aussi divisés sur les relations.
« Nous pensons que le cadre des relations déterminé en 2021 a été utile et qu'il est toujours pertinent, mais nous devons le mettre à l'épreuve. Nous verrons ce que nos amis d'Ankara feront dans différents domaines », a ajouté le haut fonctionnaire européen. Les ministres pourraient discuter de ce qu'ils attendent de la Turquie et de ce qu'ils peuvent lui offrir. L’objectif, selon un diplomate, est de confronter les vues et de voir « la façon dont il faut organiser les contacts et les messages à transmettre aux autorités turques, et les perspectives à donner aux relations, si les gestes demandés par l’UE sont faits par la Turquie ».
La discussion doit aussi de nourrir la réflexion collective pour le rapport que le Haut Représentant de l’UE et la Commission doivent rendre à l’automne.
M. Borrell a rencontré pour la première fois, la semaine dernière à Jakarta, le nouveau ministre des Affaires étrangères turc, Hakan Fidan.
États-Unis. Dans l’après-midi, les chefs de la diplomatie européens s’entretiendront en visioconférence avec le secrétaire d’État américain, Antony Blinken. Si, selon un haut fonctionnaire européen, aucun sujet de discussion n’a été préétabli pour la conversation - qui devrait durer 1h30 -, les relations transatlantiques, mais aussi l’invasion russe de l’Ukraine, la Chine ou encore les Balkans occidentaux devraient être débattus.
Par ailleurs, les ministres adopteront formellement le mandat de négociation pour l'accord sur les minerais critiques entre l'UE et les États-Unis (EUROPE 13223/32, 13201/28). Cela permettra à la Commission d'avancer dans les discussions avec Washington pour espérer conclure l'accord aussi rapidement que possible (EUROPE 13219/23). Les ambassadeurs des États membres auprès de l'UE ont donné leur accord mercredi 19 juillet.
Affaires courantes. Rapidement, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité devrait revenir sur les discussions qui ont eu lieu lors du dernier Conseil européen sur la Chine et fera brièvement le point sur sa rencontre avec le directeur de la Commission centrale du Parti communiste chinois pour les Affaires étrangères, Wang Yi, la semaine dernière à Jakarta.
Cette rencontre était, selon le haut fonctionnaire européen, « une réaffirmation que nous maintenons des contacts fréquents à haut niveau avec la Chine ». Un dialogue stratégique entre la Chine et l’UE devrait se tenir à l’automne, mais aucune date n’a encore été décidée.
De plus, M. Borrell pourrait informer le Conseil des principaux résultats du sommet UE-CELAC des 17 et 18 juillet (EUROPE 13225/1). Le protocole d’accord, signé dimanche 16 juillet entre l’UE et la Tunisie, pourrait aussi faire l'objet de discussions (EUROPE 13224/3).
Les efforts de normalisation des relations entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, y compris la réunion tenue à Bruxelles le 15 juillet entre les dirigeants des deux pays et le président du Conseil européen, Charles Michel, seront également évoqués (EUROPE 13224/5).
Le Haut Représentant mentionnera également la visite conjointe des ministres des Affaires étrangères de l'Autriche, de la République tchèque et de la Slovaquie en Macédoine du Nord, effectuée en son nom le 13 juillet.
Enfin, les ministres évoqueront le processus de paix au Proche-Orient, alors que les tensions sont toujours fortes entre Israéliens et Palestiniens (EUROPE 13221/7). (Camille-Cerise Gessant et Léa Marchal)