La vice-présidente de la Commission européenne chargée de la Concurrence, Margrethe Vestager, a annoncé et regretté, mercredi 19 juillet, que la Professeur Fiona Scott Morton renonçait à la fonction de chef économiste à la direction générale de la concurrence de la Commission européenne. Une fonction que Mme Scott Morton aurait dû assurer dès le 1er septembre.
Dans un courrier adressé à Margrethe Vestager, Mme Scott Morton a motivé sa décision par la controverse politique qui a suivi l'annonce de sa nomination, estimant que la direction générale de la compétition, lorsqu’elle mettait en œuvre la réglementation, devait bénéficier d'un soutien total.
Fiona Scott Morton ajoute dans son courrier que la mise en œuvre de régulation moderne de la concurrence, et particulièrement les nouveaux instruments comme le règlement sur les marchés numériques (Digital Market Act), est cruciale pour les citoyens européens et ceux des pays tiers.
La controverse avait débuté après l’annonce par la Commission européenne, le 11 juillet, de la nomination de Mme Scott Morton à la DG Concurrence.
La controverse avait porté, d’une part, sur la crainte d’éventuels conflits d’intérêts en raison des activités de consultance de Fiona Scott Morton, notamment pour des grands groupes du secteur de la tech et sur les inquiétudes quant à un pantouflage (revolving doors) à l'issue de son mandat.
Le deuxième volet des critiques avait porté sur la nationalité américaine de Mme Scott Morton.
Pour Margrethe Vestager, peu de personnes au niveau mondial sont capables à la fois de réunir les compétences et l’expérience requises et d’avoir la disponibilité pour occuper la position. C’est la raison pour laquelle, d’après la commissaire, le Collège avait ouvert le poste à toutes les nationalités (EUROPE 13225/19).
Du côté des États membres, la France en particulier avait exprimé sa volonté de voir la Commission réexaminer sa décision (EUROPE B13222B29, 13223/4, 13224/7).
La discussion avait gagné le collège des commissaires européens. Selon l'AFP, cinq membres du collège - Josep Borrell, Thierry Breton, Elisa Ferreira, Paolo Gentiloni et Nicolas Schmit - ont demandé dans un courrier à la présidente, Ursula von der Leyen, une réévaluation de la nomination de Mme Scott Morton.
En revanche, d'autres voix, notamment parmi les députés européens, dont Reinhard Bütikofer (Verts/ALE, allemand) et des universitaires liés aux sciences économiques, avaient exprimé leur soutien à cette nomination (EUROPE 13224/7).
Le Dr Christophe Carugati avait écrit pour le think tank Bruegel que Mme Scott Morton pourrait poser un problème aux responsables politiques des États membres et aux commissaires européens, « qui pensent qu'une politique industrielle réussie nécessite un certain assouplissement des règles de concurrence et/ou d'aides d'État au sein de l'UE ».
À la suite de l'annonce de mercredi 19 juillet, Agnès Evren (PPE, française) a réagi en saluant le retrait de Mme Scott Morton au lendemain d’une audition de Mme Vestager qu’elle a jugée peu convaincante. Un jugement partagé par Geoffroy Didier (PPE, français), qui a qualifié Mme Scott Morton « d’amie des plateformes ». De même, Raphaël Gluckmann (S&D, français) a estimé que Mme Scott Morton était une lobbyiste des GAFAM.
En revanche, pour Kira Marie Peter-Hansen (Verts/ALE, danoise), qui avait participé la veille à la consultation, il est malheureux qu'Emmanuel Macron et les députés européens français aient fait du dossier une question de nationalité. La députée a estimé que c'était une notion erronée de la souveraineté et ajouté que les embauches devaient se faire sur la base des compétences, et non sur base de la nationalité.
Par ailleurs, le professeur d'économie Volker Nölke, de l’université de Mannheim, a souligné que les procédures d'embauche de la Commission européenne étaient si lourdes que peu d'universitaires performants étaient prêts à s'y plier et a appelé à une réforme. (Émilie Vanderhulst)