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Bulletin Quotidien Europe N° 12511
ACTION EXTÉRIEURE / Chine

L'UE attend de Pékin un engagement politique « avant la fin de l'été » afin de conclure les négociations sur les investissements

Lors d'un sommet UE/Chine par visioconférence, les responsables européens ont constaté, lundi 22 juin, que les engagements chinois destinés à rééquilibrer la relation commerciale avec l'Union européenne étaient restés lettre morte, prévenant Pékin qu'une telle situation pourrait entraver d'autres avancées dans la coopération bilatérale.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, ont d'abord eu un premier entretien avec le Premier ministre chinois, Li Keqiang, suivi d’un échange avec le président chinois, Xi Jinping.

D’emblée, l'UE avait affiché une ambition limitée quant aux attentes européennes lors de ce sommet au terme duquel aucune déclaration ni conférence de presse conjointes n’étaient prévues. Au cours d’un échange « sans tabou », selon les termes de M. Michel, l’UE a « souligné la nécessité de mettre en œuvre les engagements pris lors du sommet UE/Chine de 2019 ».

En avril 2019, en effet, la Chine avait promis d’améliorer l’accès des entreprises européennes au marché chinois et de mettre les bouchées doubles pour sceller, en 2020, un accord bilatéral global sur l’investissement (AGI), dont les pourparlers ont été lancés il y a sept ans (EUROPE 12232/7). Cet accord est surtout appelé de ses vœux par l’UE pour rééquilibrer cette relation économique qui lui est de plus en plus défavorable (EUROPE 12220/1).

Si, à ce jour, les entreprises européennes ont accumulé plus d'investissements directs étrangers (IDE) en Chine que l'inverse, les investissements chinois en Europe vont croissant et ciblent fortement la technologie. Tirant largement parti de l’ouverture du marché européen, ces IDE menacent l’avantage technologique de l’industrie européenne, qui doit, de plus, faire face à des concurrents chinois largement subventionnés par des financements publics.

Malgré l’importance économique de l’UE, premier partenaire commercial de la Chine, malgré le poids de leur relation économique – plus d'un milliard d'euros de marchandises sont échangées quotidiennement, l’UE a peu obtenu de la Chine.

La stratégie de l'Union face à la Chine, publiée début 2019, se veut pourtant moins irénique dans ces rapports bilatéraux (EUROPE 12212/20, 12437/11). Elle repose sur l’idée de promotion des valeurs européennes, de respect de l’économie de marché de l’UE et d’engagement de Pékin sur des questions multilatérales d’intérêt commun. En matière de commerce et d’investissements, l’UE demande de la Chine des conditions de concurrence équitables (‘level playing field’), en particulier la réduction des subventions aux entreprises nationales chinoises et la réciprocité dans l’accès aux marchés, notamment les marchés publics (EUROPE 12504/6).

L’UE hausse le ton

Mais les engagements pris en 2019 sont restés lettre morte (EUROPE 12437/11) et la pandémie de Covid-19 a exacerbé le sentiment de dépendance face à la Chine. Les Européens s’inquiètent pour leurs entreprises, comme l’a d’ailleurs confirmé un débat en plénière du Parlement quelques jours auparavant (EUROPE 12509/9). 

Pour M. Michel, l'heure est venue de « mettre en évidence de façon concrète la question de l’autonomie stratégique » (EUROPE 12502/13, 12495/16, 12490/27, 12494/7).

Peu à peu, l’Europe se munit d’outils pour contrôler et limiter l’accès chinois au marché unique européen. Outre le renforcement de ses instruments de défense commerciale, la publication de son Livre blanc pour contrer les subventions de pays tiers au sein du marché unique, intervenue une semaine avant le sommet bilatéral, n’est pas neutre, a souligné une source européenne (EUROPE 12507/1). D’autres instruments sont aussi en cours d’élaboration ou bientôt d'application. Le mécanisme de filtrage des investissements sera mis en œuvre dès octobre 2020. La proposition d’instrument international sur les marchés publics est toujours négociée entre les institutions de l’UE.

Les négociations commerciales bilatérales ont certes avancé au niveau technique, mais, pour permettre une conclusion des pourparlers avant la fin de l’année, Pékin doit donc donner des signes de bonne volonté politique, a déclaré Mme von der Leyen après le sommet.

Les demandes européennes portent sur l’accès au marché dans l'automobile, la biotechnologie, les télécommunications et les services informatiques. L’UE veut aussi régler les problèmes liés au rôle des entreprises publiques chinoises, à la transparence des subventions publiques et au transfert forcé de technologies. Enfin, la Commission entend obtenir de Pékin qu’elle accepte des dispositions robustes sur le développement durable, le climat et le travail, ainsi qu’un bon règlement des différends.

Quant à l’engagement chinois à l'OMC, les responsables européens sont déçus du faible engagement chinois à mettre à jour les règles de l'organisation, notamment sur les subventions industrielles ou la lutte contre les transferts forcés de technologie.

L’UE souhaitait également que ce sommet fût l’occasion d’un accord sur l’agenda de coopération 2025. Ce sera peut-être le cas à l’automne, si la Chine démontre qu’elle est engagée à conclure l'AGI pour fin 2020, a prévenu la présidente de la Commission. « Nous avons besoin d'actes », a-t-elle déclaré.

Mme von der Leyen a aussi confirmé qu’un traité sur les indications géographiques devait être clôturé prochainement.

L'UE réitère ses préoccupations sur Hong Kong

Les dirigeants européens ont également fait part à leurs partenaires chinois de leurs « sérieuses préoccupations » concernant la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, soulignant une nouvelle fois que celle-ci n’était pas en conformité avec la loi fondamentale hongkongaise ni avec les obligations internationales de la Chine (EUROPE 12492/19).

Cette loi « met la pression sur les libertés et droits fondamentaux de la population protégés par la loi et le système judiciaire indépendant », ont souligné M. Michel et Mme von der Leyen dans leur déclaration commune.

Devant la presse, M. Michel a rappelé l’importance économique pour l’UE de Hong Kong, où vivent quelque 350 000 citoyens européens. Selon lui, 50% des investissements européens en Chine transitent par Hong Kong et 1 600 entreprises européennes sont actives dans la Cité État. « Il faut accepter la neutralité politique de ces entreprises ; nous n'acceptons pas les pressions qui seraient faites sur ces entreprises », a-t-il prévenu.

Pour Mme von der Leyen, « l’autonomie dont bénéficie Hong Kong lui a permis de prospérer et d'avoir autant de réussite ». Cette loi pourrait donc avoir des conséquences négatives sur la Chine, a-t-elle ajouté, indiquant que l’UE se concertait avec ses partenaires du G7 au sujet de Hong Kong (EUROPE 12509/6).

Autre sujet de discorde : la question des droits de l'homme. Lors du sommet, cette question, notamment le traitement des minorités au Xinjiang et au Tibet, et celui des défenseurs des droits de l’homme chinois, a été abordée, selon les Européens. « Les droits de l’homme et les libertés fondamentales ne sont pas négociables », a tranché Mme von der Leyen, qui a espéré la tenue prochaine du dialogue UE-Chine sur les droits de l'homme.

Par ailleurs, les deux partenaires ont évoqué la situation sanitaire mondiale liée à la Covid-19, ses conséquences économiques et la course au vaccin. 

« Les vaccins doivent constituer un bien commun, accessible à tout le monde et à un prix abordable », a déclaré M. Michel.

Mme von der Leyen a rappelé que l'UE avait fourni « 56 tonnes » de matériel médical aux autorités chinoises lorsque la Covid-19 s'était déclenchée dans le pays et reconnu que la Chine avait aussi aidé les Européens lorsqu'ils en ont eu besoin.

Enfin, sur l'enjeu climatique, Européens et Chinois affichent leur cause commune au niveau international. Toutefois, les Européens voudraient que Pékin s'engage concrètement en faveur de la neutralité climatique alors que les émissions chinoises de gaz à effet de serre, qui représentent 25% des émissions mondiales, continuent d'augmenter.

L'UE reconnaît que la Chine a besoin de plus de temps pour réussir la transition de son industrie polluante et elle est consciente que les investissements chinois dans les énergies renouvelables sont déjà massifs. Elle critique cependant le fait que les investissements dans les centrales à charbon se poursuivent à un rythme soutenu. (Hermine Donceel avec Camille-Cerise Gessant et Mathieu Bion)

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