Le montant consolidé des contributions financières conjuguées de l’Union européenne et de ses États membres pour aider les pays en développement à faire face au changement climatique en 2018 a été de 21,7 milliards d’euros et c’est forte de ce chiffre que l’UE se rendra à la COP25, fière d’être le premier contributeur à la Finance climat internationale (EUROPE 12362/14).
Les ministres européens des Finances l’ont confirmé, vendredi 8 novembre, dans leurs conclusions unanimes qui complètent le mandat de négociation de l’UE pour la COP25, adopté par le Conseil 'Environnement', le 4 octobre.
Le Conseil souligne que sa contribution a plus que doublé depuis 2013 et conserve à l'UE et ses États membres leur place de premier contributeur mondial, y compris à la première reconstitution du Fonds vert pour le climat. À cette occasion, il presse les autres pays développés d'accélérer la mobilisation des ressources requises pour atteindre les 100 milliards de dollars par an promis collectivement à compter de 2020 et jusqu’en 2025 pour soutenir les efforts d’adaptation et d’atténuation des pays en développement.
Il insiste sur la nécessité pour toutes les parties d’accélérer la mobilisation des ressources publiques et privées requises pour atteindre cet objectif confirmé dans l’Accord de Paris
Conscients qu’un nouvel objectif collectif sera fixé en 2025, les grands argentiers disent leur disponibilité à entamer les discussions à ce sujet dès novembre 2020.
Le Conseil souligne l’urgence d’une mise en œuvre ambitieuse de l’Accord de Paris sur le climat et insiste sur les synergies entre le programme universel pour le développement durable, le programme d’action d’Addis Abeba sur le financement du développement et l’Accord de Paris.
Il salue les initiatives prises par le secteur privé en matière de finance durable et de neutralité carbone et les travaux en cours dans l’UE en matière de taxonomie pour la finance durable.
Il insiste sur le fait que la tarification du carbone et l’élimination progressive des subventions nuisibles pour l’environnement et économiquement inefficaces sont déterminantes pour favoriser la réorientation des flux financiers vers des investissements durables et neutres pour le climat, pour soutenir une transition juste vers la neutralité climatique et promouvoir des solutions innovantes respectueuses du climat.
À ce titre, il dit soutenir : - les initiatives de tarification du carbone, y compris celles qui contribuent au développement des capacités des pays en développement ; - l’utilisation d’une tarification du carbone interne aux entreprises et aux institutions financières, y compris les banques multilatérales et privées ; - les initiatives promouvant l’élimination progressive des subventions néfastes pour l’environnement et économiquement inefficaces et la réduction graduelle des financements publics et privés pour les projets et actifs à fortes émissions et néfastes pour l’environnement.
Fin du financement des énergies fossiles, surtout solides. Concernant l’élimination progressive ('phasing out') des prêts à des projets impliquant les énergies fossiles par les banques multilatérales de développement, dont la BEI, le texte final contient une mention soulignant la nécessité de tenir compte « de la sécurité énergétique » des pays.
Cette référence à la sécurité énergétique n’apparaissait pas dans une version du projet de conclusions datée du 5 novembre (EUROPE 12365/3). Cet ajout a été demandé par la Pologne et la Hongrie. Il traduit l’existence de divisions entre les États membres : certains désirent que l’UE affiche un niveau d’ambition élevé en matière d’élimination des prêts de la BEI en faveur des énergies fossiles, alors que d’autres, tels que la Pologne ou la Hongrie, freinent en raison de leur forte dépendance aux énergies fossiles.
Les conclusions précisent que l’élimination des énergies fossiles devrait être focalisée sur les énergies fossiles solides. Cette position a été de nouveau défendue par la Pologne, qui ne souhaite pas limiter le financement par la BEI de projets basés sur le gaz naturel.
Comme le Conseil Environnement, le Conseil Ecofin s'engage à coopérer avec toutes les parties à la COP25 pour mettre au point des règles robustes pour les marchés mondiaux du carbone (article 6 de l'Accord de Paris).
Les ONG sont déçues. Les ONG soulignent que 21,7 milliards € ne représentent qu'une augmentation marginale par rapport aux 20,4 milliards € en 2017 et 20,2 milliards € en 2016 (EUROPE 11885/12).
« Le financement de l'UE pour la lutte contre le changement climatique augmente beaucoup trop lentement pour répondre aux besoins croissants des populations les plus pauvres du monde. De plus, la majeure partie de l'argent est détournée de l'aide au développement existante et l'adaptation reste gravement sous-financée », a estimé, Wendel Trio, directeur de CAN Europe (Climate Action Network). (Aminata Niang et Damien Genicot)